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Vocation du peuple juif et vocation du peuple franc

Par Pierre Joly
Vocation du peuple franc et vocation du peuple juif
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      Dans un texte très émouvant dans lequel il évoque le martyr de Sainte Jeanne d’Arc, l’Abbé Joseph Lémann rendait un vibrant hommage à la France en rappelant la supériorité de la nouvelle alliance sur l’ancienne alliance. Loin des délires néo-marcionites véhiculés par une certaine partie du milieu nationaliste, ce prêtre rappelait les nombreuses différences et similitudes qui existent entre le peuple juif et le peuple Français. Selon lui, le repentir des juifs concernant la passion du Christ passera nécessairement par le repentir des catholiques, car ces derniers doivent montrer l’exemple.


      « Les historiens catholiques ont constaté quelquefois des traits de ressemblance saisissants entre le peuple français et le peuple juif.

      C’est vrai, les deux peuples se ressemblent. Voici la cause de cette ressemblance. Elle vient de ce que Dieu a conclu avec eux une alliance plus étroite qu’avec tous les autres peuples. Dieu a fait alliance avec le genre humain tout entier par l’Incarnation : alliance qui, dans son fonds substantiel, est la même pour tous les hommes et pour tous les peuples. Car tous les hommes et tous les peuples sont appelés à s’incorporer à Jésus-Christ et à entrer dans son Église. Néanmoins le nœud de l’alliance, le nœud d’honneur, est tenu d’un côté par le peuple hébreu, de l’autre côté par le peuple franc : car à l’un a été confié le berceau du Christ, à l’autre a été confiée la protection de son Église. En effet, le peuple juif et le peuple franc ayant été choisis, l’un dans les temps anciens, l’autre dans les temps nouveaux, pour être avec le Seigneur dans une alliance plus étroite, il devait nécessairement s’ensuivre que sous bien des aspects, les deux peuples se ressembleraient entre eux. C’était comme deux frères que Dieu faisait naître à l’orient et à l’occident de son œuvre.

      En prenant donc pour point de départ cette belle idée de l’alliance, il serait aisé de signaler des traits de ressemblance extrêmement remarquables entre les deux nations choisies. Je dois me borner à montrer la ressemblance au point de vue du secours envoyé à chacune d’elles.

      L’idée d’alliance, Messieurs, réveille l’idée de secours.

      Quand on fait alliance, c’est pour se soutenir et se défendre. Par suite de l’alliance que Dieu et le peuple juif avaient conclue ensemble, toutes les fois que l’Israélite était menacé dans son indépendance et son territoire, il criait vers le Seigneur, dit l’Écriture ; les enfants d’Israël criaient : « au secours, clamaverunt ad Dominum » ; et leur allié aussitôt se montrait ; se souvenant du pacte d’alliance, il s’empressait d’envoyer à son peuple des libérateurs extraordinaires.

      Eh bien ! je remarque avec bonheur la même protection de Dieu à l’égard du peuple français.

      En ce jour de mémorable anniversaire, le 444ème, où le panégyrique de Jeanne d’Arc est confié à un fils d’Israël, voici donc, Messieurs, le plan de discours que je vous apporte. Je veux montrer que toutes les circonstances extraordinaires qui accompagnaient les délivrances chez le peuple Hébreu, se retrouvent dans la délivrance opérée chez vous par Jeanne d’Arc ; toutefois avec cette différence qui est toute à votre avantage : que dans l’épisode de Jeanne d’Arc on constate à chaque pas la supériorité de la nouvelle alliance sur l’ancienne alliance.

      Telle est l’idée-mère de mon discours.

      En voici maintenant la distribution :

      Chez le peuple juif il y avait toujours trois phases dans la délivrance :

      1° le choix que Dieu faisait du libérateur ;

      2° la lutte contre l’étranger ;

      3° le triomphe.

      Ce sont les trois mêmes phases que je retrouve chez vous.

      Mes divisions naturelles seront donc celles-ci :

      Le choix du libérateur ;

      La lutte contre l’étranger ;

      Le triomphe. […]

  1. Le choix du libérateur :

      C’est un bien petit village, Messieurs, que Domrémy, indécis entre la Champagne et la Lorraine. Dieu le choisit pourtant comme point de départ de sa grande œuvre, parce que Dieu aime les points de départ de rien, pour aboutir à des résultats où se déploie sa toute-puissance.

      Domrémy était donc un petit village. Dans l’année 1425 des voix s’y firent entendre, des clartés surnaturelles y apparurent et des troupes d’anges y descendirent. Et voici qu’aujourd’hui des historiens pourtant sérieux de notre siècle traitent tout cela de rêves enthousiastes ou de récits légendaires !

      Je ne puis pas être de leur avis. En effet, si j’ouvre notre vieux livre, la Bible, à l’endroit des vocations que Dieu suscitait pour délivrer son peuple, j’y trouve des débuts semblables à ceux de Domrémy. Lorsque Moïse fut choisi pour être libérateur, le Seigneur lui parla du milieu d’un buisson merveilleux qui brûlait sans se consumer. Gédéon était occupé à battre son blé, lorsqu’un ange le salua ainsi : « Le Seigneur est avec vous, ô le plus fort d’entre les hommes. » Et le jeune Samuel ? n’était-ce pas des voix mystérieuses qui poursuivaient, interrompaient son sommeil d’enfant et furent le début de sa vocation ? Il n’y a donc rien qui vous doive surprendre, chrétiens, dans ce qui s’est passé à Domrémy. Puisque Dieu aimait la France comme il aimait autrefois la Judée, et puisque la simple enfant qu’il choisissait était incapable de mentir, pourquoi ne pas croire à ses débuts charmants, et pourquoi vouloir décolorer le berceau fleuri de sa vocation extraordinaire ? Voyez, ce sont les mêmes couleurs qu’en Judée. Les voix qu’elle entend ressemblent à celles qu’entendit Samuel. Elle voit les mêmes anges que vit Gédéon : « Je les ai vus des yeux de mon corps » disait-elle plus tard à ses juges. Il n’y a pas jusqu’à ce vieux hêtre témoin de son enfance extraordinaire, « beau comme un lys » dit la chronique, et nommé aux Loges-les-Dames ou l’arbre des dames, qui ne me rappelle le palmier de Débora !

      A Domrémy, je me retrouve presque dans un coin de la Judée.

      En un mot, tout cela retrace à mon esprit un fond de tableau biblique, mais rehaussé par les simplicités charmantes du Moyen-Age.

      Le fond du tableau étant défini, soyons attentifs à la figure de libérateur que Dieu y va dessiner.

      C’est une femme.

      Une femme, il n’y a qu’en Judée et en France où Dieu ait osé de pareils libérateurs !

      Débora, Judith, Esther, libératrices et gloire du peuple Juif ;

      Clotilde, Geneviève, Jeanne d’Arc, libératrices et gloire du peuple Français.

      Pareille phalange guerrière n’a passé chez aucun autre peuple. Ce n’est pas tout. Il y a ici une autre particularité qui mérite d’être approfondie.

      Quel a pu être le dessein de Dieu en envoyant ces femmes chez les deux peuples ? Pourquoi des femmes å la tête des bataillons ? Pourquoi une Débora, une Judith, pourquoi une Jeanne d’Arc, et pourquoi pas plutôt chez nous quelque nouveau Gédéon ; chez vous quelque nouveau Duguesclin ?        

      Écoutez, Messieurs, nous connaissons, nous peuple juif, une raison de cette conduite de Dieu. Cette raison nous a toujours satisfait. Appliquée à votre histoire , elle ne pourra manquer certainement de vous satisfaire aussi. Nous avions appris de nos fondateurs que, par cela même que nous étions le peuple de Dieu, nous traversions des époques plus critiques, des phases plus difficiles que toutes les autres nations. Toutefois nous savions aussi que Dieu avait promis d’être avec nous, et que dans le péril sa bonté et son secours ne nous feraient jamais défaut. Nous savions tout cela : et néanmoins, quand arrivaient ces périodes critiques et difficiles, le découragement s’emparait de nous. Alors, rapportent nos Livres saints, les sentiers n’étaient plus battus de personne, et ceux qui avaient accoutumé d’y marcher, suivaient par crainte des routes détournées. Israël croyait toucher à ses derniers moments.

      Or, dans sa grande bonté, que faisait le Seigneur pour nous relever ? Il choisissait de nouveaux combats, ajoutent gracieusement nos Livres saints : « nova bella elegit Dominus » (Juges 5 ; 8) : pour libérateur il nous envoyait une héroïne. Un capitaine, un Gédéon, nous eût sans doute rappelé « ce bras fort et étendu » dont nous avaient parlé nos fondateurs : « le Seigneur vous a tirés de l’Egypte avec un bras fort et étendu : In manu forti et in brachio extento » (Deutéronome). Mais, il en faut convenir, il y avait quelque chose de plus merveilleux dans une femme. C’était un secours inusité, inattendu, qui emportait tout. Nos yeux habitués à contempler des prodiges, ne se lassaient pas de contempler ces fortes et ravissantes créatures. Dieu nous fil trois fois cette grâce et cette surprise, aux trois époques les plus découragées de notre histoire : Débora au temps des Juges ; Judith au temps des Rois ; Esther au temps de la Captivité. L’enthousiasme fut si grand que nous instituâmes en leur honneur des fêtes qui dépassèrent presque les autres fêtes en Israël ; c’était du moins les plus consolantes. Et aujourd’hui encore, à 40 siècles de distance, après que des malheurs sans exemple par leur nombre et leur durée, deux mille ans de malheurs, ont vieilli notre existence et incliné notre front, néanmoins, quand revient l’anniversaire de ces fêtes, notre peuple relève la tête au nom de Judith et d’Esther, et il sent se rallumer en lui toutes ses jeunes espérances.

      Eh bien, ô noble peuple français, n’en doute pas, c’est pour une raison semblable que Dieu un jour t’a envoyé pour libérateur : une femme.

      C’était à une époque si découragée de votre histoire, Messieurs, qu’au dire de vos historiens, on mettait en doute la continuation d’un royaume de France. Chez vous aussi les sentiers n’étaient plus battus de personne, et les sujets restés fidèles au roi suivaient par crainte des routes détournées. La détresse était par tout, et le patriotisme nulle part. Je me trompe, Orléans, le patriotisme avait trouvé refuge dans tes murs. Mais à l’exception d’Orléans, le découragement était dans tous les cœurs, l’incapacité dans toutes les têtes, et les Anglais dans toutes les villes… A ce moment, pour délivrer son peuple du découragement et des Anglais, nova bella elegit Dominus, le Seigneur se rappelle ces nouveaux combats dont il s’était servi pour délivrer le peuple juif. « Levez-vous, levez-vous, Débora : surge, surge, Debbora » (Juges 5 ; 12) ; et Jeanne d’Arc se lève. Les Anglais seront boutés hors de France, et le peuple franc reprendra avec courage pour longtemps le cours de ses destinées providentielles. Il fondera une fête dans laquelle je retrouve aujourd’hui avec ravissement la fête de notre Judith et de notre Esther. Et si, à cette heure, le noble peuple de France éprouve à son tour des malheurs, mais de tels malheurs, qu’ils n’ont de comparable dans l’histoire que le récit de nos propres infortunes, eh bien ! comme nous il ne désespère pas. Car si les noms de Judith et d’Esther nous font toujours tressaillir, il y a la même magie dans le nom de Jeanne d’Arc. A ce nom, le peuple français relève aussi sa tête, et il se dit comme nous, qu’il ne peut pas périr.

      Jusqu’ici nous avons constaté une parité exacte et parfaite entre Jeanne d’Arc et les héroïnes de l’ancienne alliance. Mais voici la supériorité qui commence : c’est une vierge. Messieurs, avez-vous observé ceci : que de toutes les héroïnes qui ont paru sous l’Ancien-Testament, aucune n’était vierge. Débora était la femme de Lapidoth : « Debbora uxor Lapidoth » (Juges 4 ; 4). Judith était veuve. Esther avait remplacé Vasthi auprès d’Assuérus. Aucune n’était vierge.

      Mais voici qui est encore plus remarquable :

      Elles ne délivrent leur patrie qu’en faisant intervenir l’amour humain dans leur mission de libératrice.

      Judith, pour délivrer Béthulie assiégée par Holopherne, recourt aux parures et aux joyaux des jours de son ancien bonheur. Dieu même lui augmente encore sa beauté : « Dominus ampliavit decorem » (Judith 10 ; 4). Holopherne, en la voyant, est aussitôt pris par les yeux, et le glaive du regard fait tomber son cœur, avant que l’autre glaive fasse tomber sa tête.

      Dans la délivrance accomplie par Esther, c’est le même moyen libérateur. La reine s’est présentée auprès d’Assuérus sans avoir été demandée. Dans les coutumes persanes, c’est un cas de mort. Mais Esther est si belle ! Elle plut aux yeux du roi : « placuit Esther oculis ejus » (Esther 5 ; 2), et il étendit vers elle et son peuple son sceptre d’or, signe de clémence.

      Et ainsi, de toutes les héroïnes de l’ancienne loi aucune n’est vierge, et de plus elles font intervenir l’amour humain dans leur mission de libératrice.

      Quelle supériorité dans Jeanne d’Arc !

      Elle est vierge, et cette fois l’amour de la patrie n’est plus contraint de se faire aider des artifices d’un amour inférieur. Elle est vierge, afin que le secours envoyé au royaume de France portât la marque de la nouvelle alliance, d’une alliance plus belle que la nôtre. Elle apparaît comme un lis au milieu des épines, des épines d’un camp ! « sicut lilium inter spinas » (Cantique 2 ; 2). Quel spectacle : les lis de France défendus par une vierge, lis elle-même.

      Ici plus rien pour les sens ; plus d’appel aux parures ; et dans cette femme belle et libératrice, la beauté du visage n’entre plus en ligne de compte pour délivrer la patrie. Nos héroïnes enflammaient les passions, Jeanne les éteint. 

      « En voyant Jeanne, disait un jeune et loyal chevalier, nul ne songeait à forfaire, et ce à cause de la grande bonté qui était en elle. » Les vieux pécheurs se sentent transformés sur le passage de cette jeune fille ; ils écoutent avec avidité cette parole qui vient leur dire que, pour que leurs villes soient délivrées des Anglais, il faut que leurs âmes se délivrent des péchés. Lahire ne blasphémera plus, Dunois se confessera. Toutes les consciences se relèvent, en même temps que tous les courages. Jeanne d’Arc, c’est vraiment l’apparition de l’arc-en-ciel.

      Votre science d’hommes faits, Messieurs, se rappelle-t-elle ce que la Bible vous a appris dans votre enfance de la première apparition de l’arc-en-ciel dans le monde ?

      « Je mettrai mon arc dans les nuées, disait le Seigneur au patriarche Noé le lendemain du déluge, afin qu’il soit le signe de l’alliance que j’ai faite avec la terre. Lorsque j’aurai couvert le ciel de nuages, mon arc paraîtra, et je me souviendrai de l’alliance que j’ai faite avec vous. » L’arc avec ses douces couleurs fut donc choisi de Dieu pour être le témoin fidèle de son alliance.

      Eh bien ! dans les temps nouveaux, l’alliance entre Dieu et la France a eu aussi son témoin, son signe, son expression : et Jeanne vous fut donnée, Messieurs ; son nom même exprimait le secours de Dieu : Jeanne d’Arc ou l’arc de Dieu en faveur de la France. L’horizon de votre patrie était alors chargé, il était couvert de nuages. Tout à coup Jeanne transperça et parut comme l’arc-en-ciel. Il y avait quelque chose de frais, et d’incomparablement vierge, de tendre, de souriant, de majestueux et aussi de trempé de larmes dans cette apparition : apparition suave que cette jeune fille ! L’arc-en-ciel partait de Vaucouleurs, et dans sa courbe il venait tomber sur Orléans.

      Nos héroïnes à nous, Débora, Judith et Esther, ont bien été aussi comme un arc-en-ciel dans les jours mauvais de notre patrie. Mais au regard du vôtre, Messieurs, ah ! au regard du vôtre, elles ne m’apparaissent plus que comme ce second arc-en-ciel qu’on aperçoit souvent derrière un premier, qui le dépasse en éclat. C’est le vôtre qui brille aujourd’hui, et le nôtre n’apparaît plus que derrière, plus terne, moins bien dessiné…

      Ce sont vos ancêtres, ô habitants d’Orléans, qui ont le mieux contemplé ce phénomène brillant et hardi de la nouvelle alliance. Et non-seulement ils l’ont contemplé Dieu a fait plus, il a gravé leur nom dans les couleurs de l’arc-en-ciel : La pucelle d’Orléans ! C’est pourquoi interprète, Messieurs, de votre reconnaissance à tous, je me tourne en ce moment vers vos enfants, pour leur dire, comme autrefois chaque vieillard en Israël : « Mon fils, c’est ici qu’on la vit descendre semblable à l’ange du Dieu des armées. A sa vue, nos pères se sentirent déjà comme désassiégés (Journal du siège d’Orléans). Ô mon fils, dis-le à tes fils, afin qu’à leur tour ils le disent à leurs fils, et ainsi de génération en génération, aujourd’hui et à jamais ! »

  • La lutte contre l’étranger :

      Tout ce qu’on a dit, Messieurs, de la Terre-Promise considérée sous ses aspects terrestres, peut se dire également de la terre de France.

      La Terre-Promise et la France ! Toutes les deux le plus heureusement situées, et les deux plus belles régions que le soleil éclaire dans sa course.

      Toutes les deux centres du monde et de la vie des nations, l’une dans les temps anciens, l’autre dans les temps nouveaux.

      Toutes les deux présentant aux regards des peuples les deux plus augustes familles de rois qui aient jamais régné : ici David avec sa postérité ; là Clovis, Charlemagne, Saint Louis et leur descendants.

      Toutes les deux la terre des lis : le lis de Jessé et le lis de France.

      Toutes les deux terres de Marie : l’une comme sa patrie, l’autre comme son royaume.

      Toutes les deux habitées par deux peuples supérieurs à tous les autres, par les dons de l’esprit et les qualités du cœur. Toutes les deux enfin, ornées de la même devise ; car la devise de Judée est celle-ci : « Digitus Dei est hic : dans ce qui m’arrive, c’est le doigt de Dieu. » Et la devise de la France dit : « Gesta Dei par Francos : les gestes de Dieu par les Francs. »

      Telle est la Terre-Promise, et telle est la terre de France !

      Pour défendre toutes ces gloires jumelles et en chasser l’étranger, est-il étonnant que Dieu ait fait deux fois les mêmes prodiges ?

      « Je vous somme par le Roi des cieux que vous en alliez en Angleterre, » tel a été le message de Jeanne d’Arc aux Anglais. En vérité, il n’y a que la Terre-Promise, et ensuite la terre de France, où l’on soit venu dire ainsi à l’étranger de la part de Dieu : « Allez-vous-en, cette terre m’appartient. »

      Débora s’écriait : « Du ciel, on combattait pour nous ; et les étoiles, sans quitter leur rang, se prononçaient contre Sisara : De cælo dimicatum est contra eos : stelle manentes in ordine et cursu suo, adversus Sisaram pugnaverunt. » (Juges 5 ; 20).

      Et Jeanne d’Arc s’écrie : « Les hommes d’armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. »

      Ainsi, chez les deux peuples, c’est au nom de Dieu même que la lutte s’engage.

      Les héroïnes juives, Messieurs, nous ont déjà paru inférieures à Jeanne d’Arc. Mais comment, sur le champ de bataille, peuvent-elles lui être inférieures ? Est-ce au point de vue de l’enthousiasme, de la bravoure et de l’héroïsme ?

      Oh ! non, Messieurs. Fils de la Judée, je n’ai pas hésité à reconnaître devant vous nos infériorités. Mais lorsqu’il s’agit de courage et de bravoure, j’ai la fierté de penser et de dire que nul, si brave fût-il, ne s’est jamais élevé au-dessus de ce petit peuple qui, tout le temps de son existence en Judée, confinait au ciel par ses prophètes, mais à la terre par ses héros. Vous avez eu Bayard, Messieurs, nous avons eu Jonathas. Gédéon peut donner la main à Turenne. Et nous sommes le peuple qui a produit les Macchabées. Le dernier cri d’indépendance qu’ait entendu le monde ancien contre la puissance romaine, a été poussé dans nos montagnes. Et si depuis lors, dispersés, on a pu nous reprocher justement que nous manquions de courage, c’est que nous n’avions plus de patrie à défendre : on ne se bat bien que pour une patrie ! … Au point de vue de l’héroïsme, il ne faut donc chercher entre Jeanne d’Arc, Judith et Débora ni supériorité, ni infériorité. Au contraire, lorsqu’on les considère avec attention, on est heureux de rencontrer le même élan dans leurs regards, le même souffle dans leurs poitrines. Débora disait : « Levez-vous, ô Barac ; saisissez-vous des captifs que vous avez faits, fils d’Abinoem ! » (Surge, Barac ; et apprehende captivos tuos, fili Abinoem). Et Jeanne d’Arc dit : « En avant, gentil duc, à l’assaut ! Ah ! gentil duc, as-tu peur ? Ne sais-tu pas que j’ai promis à la duchesse de te ramener sain et sauf ? » (Parole de Jeanne au duc d’Alençon). C’est le même enthousiasme, toutes les deux excitent leurs chevaliers. Débora semble avoir deviné en Judée l’ardeur de la chevalerie : et comme on l’a dit, Jeanne d’Arc l’a ranimée en France.

      Mais alors, en quoi y a-t-il entre elles supériorité et infériorité sur le champ de bataille ? En quoi ?

      Messieurs, avez-vous pris garde que toutes les héroïnes juives sont sanglantes, et que la victoire de chacune d’elles est mêlée de cruauté ?

      Dans son cantique, Débora célèbre le clou et le marteau qui se sont enfoncés dans la tempe de Sisara.

      La main de Judith tient la tête d’Holopherne.

      Et près de la salle royale où Esther a donné son festin et obtenu le salut de son peuple, se balance à un gibet le cadavre d’Aman.

      Toutes les trois sont sanglantes.

      Qu’ils sont fiers, mais sauvages, ces accents de Débora : « Le torrent de Cizon a entraîné leurs corps morts. Ô mon âme, foule aux pieds les corps de ces braves. Bénie soit entre les femmes, Jahel. Elle prit le clou de la main gauche, et de la main droite le marteau des ouvriers ; et choisissant l’endroit de la tête de Sisara, elle lui enfonça son clou très-fortement dans la tempe… Qu’ainsi périssent, Seigneur, tous vos ennemis ; mais que ceux qui vous aiment, brillent comme le soleil lorsqu’il éclate au matin ! » Encore une fois, c’est un ton sublime, qui surpasse, comme dit Bossuet, celui de la lyre d’un Pindare ; mais c’est sauvage. On reconnaît bien, à de pareils accents, que l’on est aux temps de la loi Mosaïque, de cette loi dure qui permettait dent pour dent, œil pour œil, et où le sommeil d’un ennemi désarmé ne le préservait pas contre le sommeil de la mort.

      Or, Messieurs, au-dessus de ces duretés sanglantes de la loi ancienne, dans un ciel plus pur, j’ai aperçu se lever la Vierge de Vaucouleurs. Elle tenait à la main, pour seule arme des combats cet étendard blanc à fleurs de lis d’or, dont elle disait : « J’aime mon épée, mais j’aime quarante fois plus mon étendard. » Réalisation la plus pure de la miséricorde en face de la nécessité de la guerre, avec elle ce n’était plus la Loi dure qui combattait, c’était la Loi de pitié et d’amour. Jamais elle ne fit mourir ni blessa personne. Pour ne point s’y exposer dans la bataille, elle n’abordait l’ennemi que son étendard à la main, tout à la fois aigle et colombe.

      Oh ! que nous sommes loin, Messieurs, de Débora et de ses sœurs ! En vérité, si l’on veut se rendre compte de toute la distance parcourue de la loi juive à la loi chrétienne dans la question de la guerre, il n’y a qu’à regarder les deux armures qu’ont portées ou chantées les héroïnes : le clou et le marteau de Débora, et l’étendard sans tache de sang de Jeanne d’Arc.

      Permettez-moi, Messieurs, un autre rapprochement. Voici Jeanne d’Arc sur le champ de bataille de Patay, et voici Judith dans la tente d’Holopherne.

      Vous vous rappelez ce champ de bataille de Patay où Jeanne transformée en fille de charité, soutient entre ses bras et appuie sur son sein la tête d’un pauvre blessé, d’un Anglais, qu’elle encourage à mourir, tandis qu’il balbutie de ses lèvres défaillantes ses derniers aveux et son repentir… Eh ! bien en face de ce spectacle, j’ai pensé à Judith dans la tente d’Holopherne.

      Ah ! quand je me représente la fille de Mérari dans son héroïque action, seule dans cette tente, au milieu du silence et des ténèbres, ce tronc sanglant à ses pieds, cette tête entre ses mains… j’admire, oh ! oui j’admire, mais je frissonne… Et quand je contemple sur le champ de bataille de Patay, la tête de ce pauvre Anglais appuyée sur le sein de Jeanne qui l’aide à mourir et lui montre le ciel, ah ! cette fois je fais mieux qu’admirer : je suis attendri, et j’adore, en le bénissant, le Dieu de la nouvelle alliance qui a rehaussé la bravoure par la miséricorde ! Jeanne d’Arc combattant avec son étendard, puis appuyant contre son cœur la tête meurtrie de ce pauvre anglais, c’est là le véritable portrait de la France. La France, noble guerrière et fille de charité ! Nous sommes à une heure où les duretés de la Loi ancienne semblent revenues. La façon dont la Prusse fait la guerre, présente même quelque chose de plus dur que le clou et le marteau de Débora. Et la pauvre France, elle, sans défense, n’a plus même une épée… Ô France, n’envie pas ta rivale. Laisse à ses mains le clou et le marteau de la dureté, retiens pour toi l’étendard de Jeanne d’Arc. Prends patience, ô pauvre France. Les temps de la Loi ancienne ne sauraient reprendre l’avantage sur les temps de la Loi nouvelle. Oui, le jour viendra où sur les champs de batailles de l’Europe reparaîtra l’étendard de Jeanne d’Arc, qui rapportera dans ses plis, à côté de la bravoure la miséricorde, et à côté de la victoire le respect pour les vaincus !

  • Le triomphe :

       L’Écriture, Messieurs, a soigneusement conservé le récit des journées magnifiques qui suivaient chez le peuple juif l’expulsion de l’étranger.

      Ce sont d’abord des cantiques que nos héroïnes entonnent sous l’inspiration du Saint-Esprit et en présence du peuple : « Moi, moi, Débora, je chanterai un cantique, je consacrerai des hymnes au Dieu d’Israël : ego sum, ego sum quæ psallam Deo Israël. » (Juges 5 ; 3). La fierté, la joie et le bonheur éclatent dans ces cantiques.

      C’est ensuite l’ivresse et l’enthousiasme de la foule qui se précipite sur leur passage : « Bénie soit Débora ! Bénie soit Judith ! Bénie soit Esther ! Béni soit le Seigneur qui a conduit votre main : benedictus Dominus qui te direxit ! » (Judith 13 ; 24).

      Les princes de la nation reconnaissent publiquement que, sans elles, la nation eût péri : « vous vous êtes présentées pour empêcher notre ruine : subvenisti ruinæ. » (Judith 13 ; 25). Et voici le grand-Prêtre lui-même qui vient en personne de Jérusalem à Béthulie avec tous les anciens pour voir Judith ; il s’écrie en la voyant : « Vous êtes la gloire de Jérusalem, vous êtes l’honneur de notre peuple ! Et tout le peuple répond : ainsi soit-il, ainsi soit-il : et dicit omnis populus : fiat ! fiat. » (Judith 15 ; 9-10-12).

      Puis, c’est le partage des dépouilles prises sur l’ennemi, et la reconnaissance du peuple assigne toujours à la femme libératrice une part de reine. Tout ce qu’on put reconnaître qu’Holopherne avait possédé en or, argent, en pierreries et en toutes sortes de choses précieuses, fut donné à Judith par le peuple : « Holophernis peculiaria tradita sunt illi a populo. » (Judith 15 ; 14).

      Enfin, c’est la considération la plus haute et la plus sacrée qui environne Débora, Judith et Esther tout le reste de leur vie. Les jours de fête, elles paraissent en public avec une grande gloire. Et pour tout Israël, c’est une paix de longue durée. Car l’Écriture termine ainsi l’épisode de Débora : « tout le pays demeura en paix pendant 40 ans » ; et elle termine ainsi l’histoire de Judith : « tant qu’elle vécut, il ne se trouva personne qui troublât Israël. »

      Tel est le triomphe chez le peuple juif.

      De la Judée passant en France, je cherche donc aussi le dénouement triomphal. Je cherche, je cherche, [et] j’ai trouvé… Grand Dieu !

      Au lieu de cantique « moi, Débora, je chanterai un cantique, » voici que montent à mon oreille des soupirs, des gémissements qui sortent d’un cachot.

      Au lieu des transports d’ivresse et d’enthousiasme sur le passage de nos héroïnes, j’entends une foule en fureur, des insultes et des cris de mort. Au lieu des choses précieuses, de l’or, des pierreries offertes à celles qui avaient délivré la Judée, j’aperçois une cage de fer.

      Au lieu de la reconnaissance de nos princes qui disaient : « Vous vous êtes présentées pour empêcher notre ruine » ici je n’aperçois aucun prince, ni Lahire, ni Dunois, ni Alençon, ni Charles VII, pour empêcher la ruine de celle qui a sauvé la France.

      Ce n’est pas tout.

      Au lieu de notre Grand-Prêtre qui venait remercier et bénir au nom de la Religion, j’aperçois un Évêque … Pierre Cauchon, évêque de Beauvais. « Évêque, c’est par vous que je meurs. »

      Et enfin, elle, je l’aperçois … pâle, amaigrie, se soutenant à peine, méconnaissable.

      Puis, je vois une foule qui se précipite… des tourbillons de fumée, un bûcher, c’est une sorcière que l’on brûle ; puis quand le bûcher est éteint, les Anglais qui reprennent leurs armes contre la France ! Tel est le triomphe chez le peuple français.

      Messieurs, Messieurs, au dénouement n’êtes-vous pas vaincus ? chez vous la souffrance, l’ingratitude, l’abandon ; chez nous l’acclamation, l’honneur, la reconnaissance. L’histoire de nos héroïnes ne demeure-t-elle pas en définitive supérieure ? Et le Dieu de l’ancienne alliance n’a-t-il pas fini les choses plus magnifiquement que le Dieu de la nouvelle alliance ?

      Ainsi que vous le voyez, la scène vers la fin s’est bien agrandie. Ce ne sont plus seulement les héroïnes que je dois comparer et juger dans un suprême et dernier parallèle ; c’est encore la conduite des deux peuples, du peuple juif et du peuple franc.

      D’abord les héroïnes.

      Eh ! bien, sur son bûcher, élevée en haut, Jeanne d’Arc est définitivement supérieure à Débora, à Judith et à Esther. Ah ! Messieurs, je n’ai pas hésité.

      En effet, quel genre de récompenses l’ancienne Loi promettait-elle à la vertu et à l’héroïsme ?

      Des récompenses dès ce monde, des bénédictions visibles et temporelles.

      C’est ce que nous voyons réalisé, en tous points, dans l’histoire de Débora, de Judith et d’Esther. L’héroïsme y est récompensé comme il mérite de l’être : des honneurs, des richesses, la considération, une fin heureuse la tranquillité partout, c’est complet. On peut dire que c’est un bonheur achevé, rien n’y manque, mais tout cela ne dépasse pas la terre : c’est l’ancienne Alliance.

      Avec la nouvelle Alliance, devaient apparaître des récompenses nouvelles et plus hautes.

      Qu’a-t-elle promis à la vertu et à l’héroïsme, cette nouvelle alliance ? D’abord des croix, des larmes, des injustices, des brisements : « Bienheureux ceux qui pleurent ; bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice ; bienheureux ceux qui souffrent persécution » [Matthieu 5 ; 4-10] ; mais ensuite, à travers ces croix et ces larmes, ces injustices et ces brisements, elle promettait : la transfiguration et la beauté de l’âme, l’agrandissement de la stature humaine, l’élancement dans l’infini, la couronne dans les cieux. Voilà les récompenses promises dans la nouvelle alliance.

      Or, c’est ce que nous voyons réalisé également, en tous points, dans l’histoire de Jeanne d’Arc.

      Je vous ai présenté tout à l’heure le tableau extérieur de ses souffrances. Ce n’est point-là qu’il faut s’arrêter. Pénétrons à travers et au-delà de ses souffrances, là est le triomphe : le triomphe de son âme qui se transfigure, de son Thabor qui commence, de sa stature qui grandit. Dans le tableau de Débora et de ses bonheurs, de Judith et de ses bonheurs, d’Esther et de ses bonheurs, je n’ai pas vu grandir leur âme. Mais dans le tableau de Jeanne d’Arc et de ses malheurs, j’ai vu son âme grandir, grandir ! J’ai vu des élancements, auprès desquels ses élancements pourtant si beaux à l’attaque de vos Tourelles, ô habitants d’Orléans, ne sont plus les plus beaux.

      « Vos voix vous ont-elles dit quelque chose durant votre captivité ? » lui demandaient ses juges.

      « Oui, vraiment, répondit-elle, elles m’ont dit que je fasse bon visage. » Et en effet elle ne fit jamais meilleur visage : visage de fierté et d’innocence, aux Anglais ; d’amour et de regret, à la France !

      Ah ! être délaissée par la France, et annoncer à ses juges, toutes les fois qu’elle le peut, le triomphe de la France.   

      Être abandonnée de son roi, et lui rester tendrement fidèle ; défendre l’honneur du roi jusque dans la torture et la mort ; être trompée et condamnée par un Évêque, et ne pas cesser d’aimer la Religion et l’Église avec passion ; n’avoir que 19 ans, hésiter un instant à mourir, puis mourir en pardonnant à tous, en couvrant tous ses amis et ses ennemis, du nom de Jésus : Jésus ! en appuyant à son tour sa tête sur le sein de Dieu comme elle avait appuyé sur son sein la tête de ce pauvre Anglais… Ah ! le sublime est atteint, et le parallèle avec les héroïnes de Judée est fini. Ô Débora, ô Judith, ô Esther, soyez plus justes que les Anglais, et rendez les armes à Jeanne d’Arc. Ô Débora, ô Judith, ô Esther, ô mes sœurs, oui, vous êtes bien belles, mais Jeanne d’Arc est plus belle ! on a bien fait de vous fêter, mais Jeanne d’Arc a mieux fait de souffrir. Charles VII, roi de France, il n’y a qu’un jour de votre règne où vous ayez agi en roi, c’est lorsque Jeanne vous demandant de la laisser retourner à Domrémy, vous ne voulûtes pas accorder. Ah ! si selon le vœu naïf de son cœur, elle fût rentrée à Domrémy, elle eût été Débora, elle n’eût pas été Jeanne d’Arc. Dieu l’a fait finir comme il fallait qu’elle finît, puisqu’elle était de la nouvelle alliance. Il permit qu’elle fût prise, vendue, délaissée, jugée, condamnée ; et maintenant, ô Anglais, rangez-vous pour voir passer le triomphe :

      Le bûcher que vous avez allumé, est devenu le char de feu qui l’a emportée dans les cieux.

      J’ai fini le parallèle des héroïnes. Il reste à dire un dernier mot sur les deux peuples, sur le peuple juif et le peuple franc.

      Entre les deux peuples il y a donc ressemblance frappante, Messieurs, et chose surprenante, ressemblance jusque dans les fautes.

      Sur la place du Vieux-Marché de Rouen, en 1431, on brûlait donc Jeanne d’Arc. Et vous, Français, vous l’avez laissée brûler.

      Trois siècles et demi plus tard, en 1793, sur la place de la Concorde, on décapitait Louis XVI, le roi que Jeanne d’Arc vous avait rendu !  Et c’est vous, Français, qui avez fait tomber sa tête.

      Jeanne d’Arc et Louis XVI, c’est-à-dire, pour retracer la Passion en France, les deux êtres les plus parfaits de la France devenue chrétienne : une vierge et un roi ! la plus étonnante de toutes ses vierges, comme le plus généreux de tous ses rois !

      Et tous les deux dans leur douloureuse Passion, exhalant du côté de la France le même gémissement de tendresse et de reproche : « ô mon peuple que t’ai-je fait », ou « en quoi t’ai-je contristé ? »

      « Réponds-moi, responde mihi. »    

      « Réponds-moi », a répété longtemps la place du Vieux Marché de Rouen.

      « Réponds-moi », dit toujours la place de la Concorde.

      Et la France n’a pas encore répondu.

      En face de cette double faute enchaînée l’une à l’autre, me permettrai-je, Messieurs, un sentiment d’orgueil au nom du peuple juif, en faisant remarquer que nous n’avons jamais traité nos héroïnes et nos rois comme vous avez traité les vôtres ? Dieu nous garde de faire ostentation d’un si léger triomphe ! Sur les épaules du Juif-Errant pèse un poids plus lourd : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. » [Matthieu 27 ; 25]. Ah ! tandis qu’on brûlait Jeanne d’Arc, si quelque Juif touché de la grâce, a passé sur le Vieux-Marché de Rouen, il a dû se dire avec épouvante, à l’aspect de l’innocence qu’on brûlait : « C’est nous qui avons fait l’original de ce terrible drame. »

      Entre vous et nous, Messieurs, il y a donc ressemblance jusque dans les fautes.

      Eh bien ! qu’entre vous et nous, il y ait encore une toute dernière ressemblance : la ressemblance dans le repentir et la réparation.

      Un jour, nous, peuple juif, nous devons nous repentir. Le Dieu de nos pères nous a promis cette grâce. Toute la terre le sait et l’attend. Ô peuple français, noble peuple, le premier de tous les peuples, puisque, jusque sur nous-mêmes tu as eu la supériorité ; peuple français, sois-nous encore supérieur dans le repentir et la réparation !

      Sois-nous supérieur en nous donnant l’exemple du repentir. Donne-nous cet exemple, ô peuple de la nouvelle alliance ; donne-le à ton pauvre frère, si longtemps obstiné, de l’ancienne alliance ! Il y a quelque chose à faire vis-à-vis de ta vierge martyre, vis-à-vis de ton roi-martyr. Fais-le, ô noble peuple ; peuple français, fais-le : afin qu’à son tour le peuple juif ait aussi le courage de tomber à genoux devant le Calvaire, en criant : Pardon, pardon ! » [1]


[1] Jeanne d’Arc et les héroïnes juives. Panégyrique prononcé devant la cathédrale de Sainte-Croix, le 8 mai 1873, par M. L’Abbé Joseph Lémann, p. 5-31

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