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Vœux de Noël à mes frères évêques et prêtres. Mgr Pierre Roy.

Par Brice Michel
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La petite chapelle des Trois Avés était bien silencieuse en cette soirée d’octobre 2058. L’abbé Sanschagrin avait tenu à venir prier quelques temps en silence dans l’obscurité froide du lieu saint, devant le tabernacle qu’illuminait de temps à autre d’une lueur rougeâtre la flamme dansante de la lampe solitaire. Dehors, la pluie battait les petits vitraux qu’il avait achetés à grand prix. Le vent sifflait fort ce soir-là. Les branches agitées des grands arbres projetaient des ombres effrayantes dans la semi-obscurité de la Chapelle des Trois Avés. Mais l’abbé Sanschagrin ne pouvait manquer ce rendez-vous avec le Maître : c’est que demain il célèbrerait ses 30 années de prêtrise. 30 années de durs labeurs, à n’en pas douter, mais 30 années qui étaient si vite passées. Il serait bien resté dans la chaleur de son presbytère. Octobre n’était pas bien clément cette année-là. Mais il fallait venir.

Comment oublier ce jour d’octobre 2028? Ah, il avait bien changé, l’abbé Sanschagrin, depuis ce jour où il avait gravi pour la première fois les marches de l’autel dans cette même petite église! Mgr Duraud avait pris un ton solennel et grave. Comment faire le contraire? La joie de ce jour d’ordination était en effet mêlée d’une certaine tristesse. Depuis 70 ans ce jour-là, l’Église était privée d’un Souverain Pontife. Il y avait 70 ans, le Saint-Père s’était éteint. L’Église était en deuil. Et pourtant, déjà au Vatican, on s’empressait. Il fallait donner au Pontife des funérailles dignes d’une Église devant laquelle les vieillards se levaient et les jeunes gens gardaient le silence (Job, 29,8). Mais rien ne s’était passé comme on s’y attendait. On avait décidé qu’il fallait un aggiornamento… La nouvelle Église était entrée en scène. Les Catholiques étaient restés presqu’entièrement impassibles. L’ouragan qui s’abattait sur la chapelle des trois Avés rappelait au prêtre vieillissant ces longues années de tourmente. Ah, sans doute, le jeune prêtre était plus naïf que l’homme d’âge mûr qui, le visage dans ses mains, semblait faire partie des meubles de la petite église… 70 ans sans un vrai pape, ce n’était pas une mince affaire, mais comment ébranler l’enthousiasme d’un jeune prêtre? Sans aucun doute, la joie avait été au rendez-vous. L’abbé avait célébré sa première messe. Il y avait tenu : cette première messe, il la dirait Pro eligendo Summo Pontifice (pour l’élection d’un Souverain Pontife).

Mais en ce soir d’octobre 2058, l’abbé Sanschagrin n’avait pas le cœur à la fête. Demain, il faudrait bien le dire… Il ne pourrait tout de même pas passer sous silence un tel événement. Il avait beau étudier la façon de l’annoncer, aucune formule ne semblait appropriée. Faudrait-il prendre un ton solennel? « Aujourd’hui, mes très chers frères, il y a cent ans que Notre Mère la Sainte Église est privée d’un chef visible! » Non, ça n’allait pas. Peut-être fallait-il exprimer plus de tristesse? « Nous sommes aujourd’hui dans le deuil, mes frères bien-aimés! Nous célébrons avec une grande douleur les cent ans de la vacance du Siège. » Non, ça n’allait pas non plus… « Sainte Marie, comment trouver les mots? »

Mais comment en était-on arrivé là? Ce matin-là, quelques amis prêtres l’avaient visité. L’abbé Desrosiers avait évoqué l’intervention divine qui s’approchait. On ne pourrait pas rester indéfiniment dans cette situation. 100 ans! Ça ne pourrait pas durer beaucoup plus longtemps… L’abbé Datamin était moins affecté… La Thèse tenait toujours, disait-il. On avait d’ailleurs récemment précisé certains points litigieux et vraiment, rien ne pourrait ébranler ses convictions. Il est vrai que la récente nomination d’un pasteur protestant au poste de cardinal l’avait quelque peu surpris. Mais il fallait être patient. Le cardinal Shao donnait de vraies espérances et on pouvait déjà se réjouir à l’idée de l’impact qu’aurait sa conversion.

Serait-ce là ce qui attend les jeunes lévites qui monteront à l’autel en 2028, confrères bien-aimés? Nous approchons des 70 ans de vacance du Siège… Ce simple fait a de quoi nous laisser pantois. Cela n’est-il pas la preuve que nous sommes dans l’erreur, nous diront nos adversaires? Et pourtant, il faut bien le constater, rien ne va au Vatican. Le naturalisme, l’indifférentisme, le faux œcuménisme, tout cela est devant nos yeux quotidiennement. Ceux qui ont un pape seraient peut-être tentés en lisant cette histoire de faire des gorges chaudes à la pensée que nous aurons à annoncer un jour, jour qui s’approche, le premier centenaire de la vacance du Siège apostolique. Il est vrai qu’ils ont un pape à qui ils n’obéissent en rien, un personnage ne représentant plus qu’un symbole éteint, un personnage sur lequel il ne faut surtout pas régler sa Foi si on veut demeurer dans le droit chemin. Et pourtant il est difficile de ne pas comprendre leurs sarcasmes.

Mais une question s’impose à nous. Une question taboue, il est vrai. Une question interdite. Une question qui accuse celui qui la pose : et si Dieu attendait quelque chose de nous? N’a-t-il pas fondé son Église comme une société parfaite, ayant tous les moyens de poursuivre sur terre sa mission salvatrice? Atteindrons-nous, impassibles, cette date fatidique des cent ans de vacance du Siège de l’Église? Comment notre parole demeurera-t-elle crédible avec le temps qui passe? Ne sommes-nous pas l’Église du Christ, fermement établie sur le roc? Combien de temps aurons-nous à subir le joug des imposteurs? Combien de temps attendrons-nous la conversion des ennemis de Dieu? N’est-il pas temps que l’Église indéfectible du Christ se réunisse afin de porter remède à cette situation désastreuse? Dieu qui, au dire de certains, supplée la juridiction des modernistes afin qu’ils puissent au moins perpétuer la vacance du Siège de l’Église, n’aurait-il pas au minimum les mêmes dons pour le clergé demeuré fidèle à la Foi? « Toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » (Luc 15,31) Si la situation se poursuit, ne courons-nous pas le risque d’établir autant d’Églises autocéphales qu’il y a de membres du clergé sous le soleil? Pardonnez-moi de poser ces questions demeurées trop longtemps sans réponse…

Les jeunes prêtres qui seront ordonnés dans les prochaines années verront les cent ans de la vacance, si rien ne se produit. Nous attendons. Qu’attendons-nous au fait? Les uns attendent l’intervention divine. Et si l’intervention divine attendait les efforts des hommes? D’autres attendent la conversion des modernistes. Mais les hérétiques ont-ils jamais remédié aux maux de l’Église? De longues années s’écoulent. Les divisions se multiplient avec les années. Où est l’unité du Corps Mystique de Jésus-Christ? Le Christ n’a-t-il pas institué Son Église comme la cité sainte sur la montagne de ce monde? N’a-t-il pas institué une unité qui doit resplendir dans le monde entier, fondée sur la Chaire de Pierre? On nous l’affirme : rien ne peut être fait. Il faut attendre… Sans doute, des tentatives de résolution ont eu lieu ici et là dans le passé, tentatives qui n’ont pas tenu compte, nous semble-t-il, de l’universalité de l’Église. Cela signifie-t-il que nous devions tous ensemble demeurer passifs et assister impuissants à la dispersion des derniers membres du troupeau du Christ par les loups dévorants? Cela signifie-t-il que nous serons exemptés de toute faute lorsque nous nous présenterons devant le tribunal du Christ? « Maître, j’ai connu que vous êtes un homme dur, qui moissonnez où vous n’avez pas semé, et recueillez où vous n’avez pas répandu. J’ai eu peur, et je suis allé cacher votre talent dans la terre ; le voici, je vous rends ce qui est à vous. » (Matthieu, 25, 24-25)

L’abbé Sanschagrin descendait l’allée silencieuse. Ses pas résonnaient sur les dalles de pierre. La journée fatidique était passée. Il avait expliqué à l’assemblée silencieuse que les portes de l’enfer ne prévaudraient pas contre l’Église. Et pourtant, son âme ne trouvait pas le repos. Les solutions proposées avaient laissé le Siège de l’Église vacant pendant cent ans… Dehors, la tempête continuait de faire rage. L’abbé Sanschagrin longeait les murs de pierre de l’Église des Trois Avés. Il faudrait bien attendre… Peut-être encore cent ans…

Avec ces mots insolites, je vous souhaite pourtant un Saint et Joyeux Noël! Rien ne peut-il vraiment être fait? C’est la question qui se pose à nous et c’est la question que je pose en toute simplicité. Si le Seigneur est né comme l’Homme-Dieu, ne devrait-il pas avoir donné à Son Église qui chemine sur terre des solutions à la fois divines et humaines?

Mgr Pierre Roy

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Cath 27 décembre 2025 - 12h05

Les hébreux sont restés prisonniers à Babylone pendant 70 ans après la destruction du premier Temple de Jérusalem par Nabuchodonosor.
Puis ils ont eu l’autorisation de retourner à Jérusalem et de reconstruire le Temple.
On peut voir cette partie de l’histoire sainte comme une préfiguration de ce que les catholiques vivent actuellement :
70 ans sans Souverain Pontife comme les hébreux sont restés 70 ans sans Temple. 70 ans de punition divine.
2028 peut être une année décisive.

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Vœux de Noël à mes frères évêques et prêtres — Mgr Pierre Roy - Intégralisme Organique 29 décembre 2025 - 16h45

[…] Par Brice Michel 27 décembre 2025 Contre Révolution […]

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