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La philosophie réaliste de St Thomas d’Aquin, remède au relativisme moderne

Par Brice Michel
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Face aux apories de la philosophie moderne (relativisme, idéalisme, subjectivisme) et la destruction des intelligences qu’elle induit,  la philosophie dogmatique et réaliste de St Thomas d’Aquin, en raison de sa conformité avec les exigences authentiques de la raison humaine, garde plus que jamais toute sa force. L’ouvrage de Louis Jugnet, « La pensée de Saint Thomas d’Aquin » est un plaidoyer pour la philosophie dogmatique et réaliste de St Thomas. Il constitue une bonne introduction au thomisme.

Dans cet extrait, L. Jugnet montre que la critique du scepticisme classique que fit St Thomas à son époque, réfutait déjà à l’avance les erreurs de l’idéalisme kantien et donc de manière générale le relativisme et le subjectivisme général de toute la pensée moderne.

La Pensée De Saint Thomas D’aquin. Louis Jugnet. Nouvelles Editions Latines P. 40.


« Il nous paraît hors de doute que le problème critique joue, pour certains modernes, un rôle véritablement obsessionnel (c’est tout à fait volontairement que nous usons d’un mot à saveur pathologique). Si l’on veut caractériser la conception thomiste de la connaissance, on doit la qualifier de dogmatique et de réaliste… Ces deux mots ont de quoi faire bondir plus d’un de nos contemporains, et peut-être même certains se contentent-ils, non sans naïveté, de ces deux adjectifs qui leur tiennent lieu d’une réfutation de nos positions.

Pourtant, qu’on y réfléchisse : qu’entend-on par dogmatisme ? Le mot a pris de nos jours une saveur péjorative et évoque on ne sait quelle inconscience affirmative sans justification (l’usage du mot par le grand public en fait foi). C’est là confondre l’usage et l’abus. Etymologiquement, originairement, une philosophie dogmatique est une doctrine qui estime que nous pouvons savoir quelque chose valablement, si restreinte et si pauvre que soit au fond notre connaissance. Elle ne suppose évidemment ni l’omniscience et l’infaillibilité du penseur qui avance des thèses, ni le caractère exhaustif de la saisie du monde ou de nous-mêmes à laquelle nous pouvons accéder. Elle est toute prête à dire, comme le personnage de Shakespeare, qu’il y a plus de choses dans le Ciel et sur la Terre que n’en peut connaître notre philosophie.

Mais elle s’oppose à toute doctrine qui jetterait la suspicion ou la négation sur le peu que nous savons. En ce sens, la quasi-totalité des grands philosophes ont été des dogmatiques (un Platon, un Aristote, un Descartes, un Leibniz, un Bergson même). Tel est le sens obvie, naturel, honnête, des mots auxquels il ne faut pas substituer des caricatures. Ce point de vue concerne la valeur de la raison et des premiers principes, l’aptitude de l’intelligence à atteindre le vrai. Il prescinde de l’existence du monde extérieur et fait l’accord de penseurs dont les doctrines sont, en fait, très opposées (on l’a vu plus haut).

Peut-être certains nous concéderaient-ils, plus ou moins facilement, la légitimité d’un certain idéalisme constructif. Mais le mot de réalisme déclenche des réactions assez négatives, au moins en certains milieux et parmi les gens soumis à une certaine formation. Nous ne croyons pas fondé ce préjugé, et nous tâcherons de montrer pourquoi, en exposant les grandes lignes de la critique effectuée par saint Thomas à l’égard des adversaires qu’il a pu connaître, c’est-à-dire des sceptiques de l’antiquité, critiqués eux-mêmes par les grands philosophes grecs. Nous aurons ensuite à voir si sa discussion n’atteint qu’une attitude doctrinale entièrement dénuée d’intérêt pour l’homme moderne, comme on le prétend fréquemment, et dont nous ne pourrions rien tirer contre le relativisme ou l’idéalisme modernes.

En face du scepticisme classique (notamment celui de sophistes comme Protagoras) l’attitude de saint Thomas consiste essentiellement à reprendre les objections d’ Aristote, en les limant et les polissant pour ainsi dire. L’adhésion aux premiers principes s’impose à tout être raisonnable, elle vaut absolument et l’intelligence saisit, en son acte même, la vérité essentielle de la connaissance.

En outre (et nous aurons à y insister vigoureusement, peut-être trop au gré de certains, car cette manière d’argumenter est beaucoup plus qu’un procédé grammatical ou une ruse de guerre) le scepticisme est travaillé par une contradiction fondamentale, puisqu’il énonce ses thèses à la manière de vérités absolues.

Soit, diront certains, mais cette manière de raisonner ne présente plus pour nous aucun intérêt, elle vise un adversaire qui a entièrement disparu de la scène philosophique : il n’y a plus de sceptiques depuis longtemps, et ces arguments n’atteignent en rien par exemple le criticisme kantien ou l’idéalisme brunschvicgien.

D’abord, qu’entend-on quand on dit que le scepticisme a disparu de la pensée moderne ? Si l’on prend le mot moderne au sens où l’entendent les manuels d’histoire (période qui va de la Renaissance à nos jours, ou de la Renaissance à la Révolution française), l’assertion est fausse, notamment en ce qui concerne un auteur non méprisable, de par ses connaissances et sa finesse critique, et dont l’influence a été considérable : Pierre Bayle, avec son fameux Dictionnaire historique et critique. De même, si par certains côtés les philosophes du XVIIIe siècle sont des dogmatiques, naïfs et optimistes, sur le plan moral, métaphysique, et religieux leur pensée est fréquemment imprégnée d’un scepticisme foncier. Or il est inutile d’insister sur la profonde influence exercée par ces auteurs sur nos institutions et sur le courant des idées modernes…

Remarquons en outre que la philosophie effectivement agissante est très loin de se cantonner chez les professeurs ou chez les philosophes proprement dits, et que bien des œuvres littéraires sont grosses d’une philosophie plus ou moins déclarée. Qu’on se rappelle le prestige et l’action d’un Anatole France : qu’est-ce que Le jardin d’Épicure, sinon le bréviaire du parfait sceptique. N’oublions pas, par ailleurs, l’importance morale et sociologique de ce que les Allemands nomment l’«esprit du temps ». Peut-on nier sérieusement que celui-ci, chez l’homme moderne, soit un Curieux mélange de matérialisme, d’utilitarisme pratique, et de scepticisme aussi tenace que fruste («Tout peut se soutenir», «C’est une question de point de vue», « À chacun sa vérité», etc.) ?

Mais ce n’est pas tout ; nous estimons que le levain sceptique se manifeste dans des doctrines modernes en apparence fort éloignées du scepticisme antique ; nous voulons parler du relativisme et de l’idéalisme : expliquons-nous.

Le sophiste grec Protagoras constitue un excellent type de sceptique. Pour lui, le vrai, c’est ce qui semble tel à chacun de nous. Il y a donc autant de vérités que de représentations individuelles : chacun possède une vérité sur mesure, « l’homme (individuel) est la mesure de toutes choses ».

Platon et Aristote ont fait une critique énergique et, à notre avis, décisive, de cette attitude d’esprit. Mais cette critique, loin d’être une pièce de musée, peut être transposée contre tous ceux qui estiment que la vérité est, non plus ce que pense un individu isolé, mais, par exemple, ce qui semble tel à un groupe social, à une « conscience collective » déterminée (sociologisme durkheimien, et, plus encore, lévy-bruhlien), car, là encore, il y a autant de « valeurs » et de vérités que de groupes, ce qui revient à dire qu’il n’y en a pas, puisque le oui et le non, l’être et le néant ne peuvent être vrais simultanément au sujet de la même assertion, et qu’au surplus celui qui énonce une telle théorie la présente comme universellement et immuablement vraie.

Si l’on remonte encore plus haut, jusqu’à une doctrine qui ferait de la vérité le résultat d’une construction de l’esprit humain dans son ensemble (et non plus d’un individu ou d’un groupe), nous ne pourrons lui reconnaître qu’une seule supériorité sur les formes précédentes : elle permet d’assurer au savoir humain une certaine universalité, une certaine communicabilité (puisque tous les humains ont le corps et la pensée faits de façon identique pour l’ essentiel) ; mais il se trouve alors que c’est toute l’espèce humaine qui est unie dans la même nécessité aveugle. Ainsi Kant prétend bien sauver l’objectivité de la connaissance, qu’il oppose à la subjectivité.

Mais en quel sens entend-il cette distinction ? En un sens très particulier. Le subjectif, pour lui, c’est ce qui est propre à l’individu (« jugement de perception »); l’objectif, c’est ce même donné sensible interprété par les « catégories » de l’entendement («jugement d’expérience »). Mais dans aucun de ces deux cas je n’atteins une vérité objective au sens où le langage universellement reçu et la raison naturelle de l’homme l’entendent spontanément : nous restons prisonniers de nos cadres. La connaissance humaine reste une construction. Et cette doctrine, qui s’énonce à la manière d’une vérité absolue, d’une vérité au sens courant de terme, tombe dans la contradiction, tout aussi réellement que le scepticisme d’un Protagoras, à cela près que la réduction est moins apparente, et demande un effort d’analyse pour être saisie.

Mais des philosophes modernes fort indépendants à l’égard de la scolastique ont bien souligné que le « relativisme spécifique », c’est-à-dire celui qui fait de la vérité le résultat d’une construction de l’esprit humain en général, ne différait pas en nature du « relativisme individuel » des sceptiques grecs (c’est-à-dire celui qui fait de la vérité une affaire purement personnelle, une simple apparence subjective). »

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