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Les trois étapes de l’apostasie des nations chrétiennes : Renaissance, Réforme, Révolution

Par Brice Michel
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divinités grecques

La Renaissance païenne

«  […] les chrétiens oubliaient cette autre prophétie du Sauveur qu’avant son triomphe complet sur ses ennemis et son second avènement sur cette terre, les nations substituées aux Juifs déicides passeraient elles-mêmes par une crise plus terrible que la persécution des empereurs romains. Le Maître n’avait-il pas dit, l’avant-veille de sa mort : « Le monde passera par une tribulation telle qu’on n’en a jamais vu et qu’on n’en verra jamais de semblable. Dieu en abrégera la durée par amour pour ses élus, car en ce temps s’élèveront de faux christs et de faux prophètes, lesquels se signaleront par de tels prodiges qu’ils induiraient en erreur, si c’était possible, les élus eux-mêmes[1]. » Et commentant aux premiers chrétiens cette parole du Sauveur, Paul annonçait « qu’un mystère d’iniquité se formait dans l’Église de Dieu[2] », c’est-à-dire des hérésies, des schismes, des sectes impies qui conspireraient contre l’Évangile et la croix de Jésus. Il voyait « surgir vers la fin des temps des novateurs, ennemis de la saine doctrine, qui tourneraient le dos à la vérité pour s’attacher à toutes sortes d’erreurs[3]. Et alors, s’écriait-il, éclatera l’apostasie des nations, alors apparaîtra l’homme de péché, le fils de perdition, le grand adversaire qui s’élèvera au-dessus de tout ce qui s’appelle Dieu, jusqu’à s’asseoir dans le temple pour se faire adorer comme le seul Dieu[4] ». Ce sera la revanche de Satan, son dernier combat contre son vainqueur, mais aussi sa suprême défaite. « D’un souffle de sa bouche, Jésus exterminera l’Antéchrist[5] », et tous les suppôts de cet impie, témoins de sa chute, reconnaîtront enfin l’Homme-Dieu, et le proclameront Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Or, au moment fixé par Jésus pour la grande épreuve des nations, il fut donné au démon d’ouvrir le puits de l’abîme, et il en sortit une épaisse fumée qui aveugla les esprits, leur déroba les clartés de l’Évangile, et les replongea dans les ténèbres de l’ancien paganisme. Fascinés de nouveau par les beautés matérielles dont Satan se sert pour corrompre les âmes, les chrétiens perdirent de vue la beauté surnaturelle et les célestes vertus qui avaient changé la face du monde. Oublieux de sa gloire, la société créée par l’Esprit divin se pervertit jusqu’à regretter la civilisation grecque et romaine. On la vit relever, en face du Crucifié, les statues impures des dieux et des déesses de l’antiquité, célébrer solennellement les saturnales des païens, abandonner les mystères qui représentaient la Passion du Christ pour se repaître des lubricités scandaleuses, anathématisées par l’Évangile. On appela divins les poètes, les orateurs, les philosophes de Rome et d’Athènes : on étudia leurs livres avec plus de soin que ceux des prophètes et des apôtres. Les produits les plus merveilleux de l’art chrétien, même nos sublimes basiliques, furent traités de barbares. Il fut convenu que la lumière et la beauté avaient disparu du monde avec le paganisme, et que les dix siècles du Moyen Age, illuminés par de sublimes génies, comme les Augustin, les Jérôme, les Chrysostome, les Bernard et les Thomas d’Aquin, illustrés par des chefs comme Charlemagne et saint Louis, sanctifiés par les vertus héroïques des grands fondateurs d’ordres et de leurs innombrables disciples ; il fut convenu, dis-je, que ces dix siècles s’appelleraient dans l’histoire les siècles d’ignorance et de barbarie, la sombre période des ténèbres, la nuit du Moyen Age. Afin de caractériser ce mouvement de retour aux idées, aux mœurs, à la civilisation païennes, on lui donna le nom de Renaissance. De même, pour marquer le nouvel esprit qui allait présider désormais aux destinées du monde, l’histoire, à partir de ce moment, prit le nom d’histoire moderne. Elle aura pour principal objet de raconter les péripéties de la grande apostasie des nations, c’est-à-dire les faits et gestes de l’Antéchrist et de ses précurseurs.

La Réforme protestante

A la Renaissance païenne, première étape des nations chrétiennes dans la voie de l’apostasie, succéda, au seizième siècle, la Réforme protestante. Ayant étouffé l’Esprit de Jésus sous le dérèglement des mœurs et la perversion des idées, la société paganisée leva l’étendard de la révolte contre la sainte Église de Dieu. Sous prétexte de la réformer, un apostat entreprit de la détruire. A sa voix, les rois et les princes se liguèrent contre le Pontife de Rome, chef de cette Église, brisèrent violemment les liens sacrés de l’obéissance qu’ils devaient au Roi des rois, et détachèrent leurs peuples de la chrétienté. En moins d’un siècle, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Écosse, la Suisse, la Hollande, les États scandinaves, passaient au schisme et à l’hérésie, persécutaient les catholiques fidèles avec la fureur des empereurs païens, et allumaient le feu des guerres civiles dans l’Europe entière.

Satan triomphait : la prétendue Réforme avait démembré l’Église ; mais, toujours aveugle, il ne voyait pas que les vrais enfants de Dieu s’épuraient et se fortifiaient par le martyre. Aux prises avec les apostats, les chrétiens combattaient jusqu’à la mort pour le triomphe de la foi ; le concile de Trente excommuniait les sectes séparées, opposait à leurs faux docteurs la vaillante Compagnie de Jésus, en même temps que, par des réformes salutaires, il ranimait le clergé et remettait les fidèles sur la voie de la sainteté. De saints et savants religieux s’en allaient au loin, en Amérique, aux Indes, au Japon, en Chine, porter la croix de Jésus-Christ. Et pour montrer aux peuples apostats qu’ils essayaient en vain de ressusciter le vieux paganisme, un pape, Sixte V, ne craignit pas, à la fin de ce seizième siècle, de relever le fameux obélisque du jardin de Néron, dont la base avait été baignée du sang des martyrs, de le surmonter d’une croix, et de faire lire à tous les peuples de la terre cette inscription triomphante : « Voici la croix du Seigneur : fuyez, puissances ennemies ; le lion de la tribu de Juda a vaincu ! Le Christ règne, le Christ commande, le Christ est vainqueur ! »

La Révolution française

L’enfer s’émut, et tous ses suppôts, initiés dans les sociétés secrètes au grand mystère d’iniquité, lancèrent les peuples vers la troisième étape de l’apostasie. Il ne s’agit plus seulement de détruire l’esprit chrétien ni de renverser la papauté, mais d’attaquer directement Jésus-Christ en niant sa divinité et sa royauté, comme l’ont fait les Juifs. Un nouveau précurseur de l’Antéchrist parut dans le monde, entouré d’apostats qui prirent le nom de philosophes. Le chef de cette bande infernale osa se déclarer l’ennemi personnel du Christ. « Écrasez l’Infâme ! » cria-t-il aux sectaires. Et tous ensemble, pendant un demi-siècle, se mirent à battre en brèche la divinité du Sauveur Jésus, la révélation, toute la religion, ses dogmes, sa morale, ses sacrements, son culte. Jamais l’enfer, même sous Néron et Dioclétien, ne vomit autant de blasphèmes contre le Fils de Dieu, autant de calomnies et d’outrages contre les chrétiens. Au nom de la raison, de la liberté, du bonheur de l’humanité, ils organisèrent, sous le nom de Révolution, un état social nouveau, basé non plus sur la volonté de Dieu, mais sur la volonté du peuple, désormais seul souverain et seul législateur.

A la faveur de cette conspiration satanique contre la royauté du Christ, les conjurés se crurent assez forts pour exterminer le catholicisme. Au nom du peuple, dont ils s’intitulèrent les représentants, ils décrétèrent l’abolition de toutes les institutions religieuses, exilèrent ou massacrèrent prêtres et fidèles, abattirent les églises et les autels, supprimèrent tout ce qui rappelait l’ancien culte, la semaine, le dimanche, le calendrier catholique, et jusqu’à l’ère chrétienne. Le passé n’existait plus ; un monde nouveau commençait avec la Révolution.

Depuis un siècle, la Révolution poursuit, avec une infernale ténacité, la déchristianisation des sociétés et des individus. Déjà les nations, en tant que nations, ont cessé partout de reconnaître Jésus- Christ pour leur Roi, le pape pour leur chef, le Décalogue comme la loi suprême. En vertu des principes dits libéraux, les gouvernements font tous profession de ne tenir aucun compte, dans la confection des lois, de la volonté de Dieu. Ils ne reconnaissent d’autre divinité que le peuple souverain, d’autre loi que le bon plaisir des majorités, mème lorsque celles-ci légifèrent contre l’Évangile, contre le Décalogue, contre le Christ et son Église. C’est la répudiation du Christ-Roi, dont Charlemagne se disait le lieutenant ; c’est l’apostasie des nations, discession, prédite par l’apôtre saint Paul, et avant lui par David. « Les rois et les peuples conspirent contre le Seigneur et contre son Christ, s’écriait le Roi-prophète. Brisons nos fers, disent-ils, et rejetons loin de nous leur joug odieux. »

Cependant, malgré l’influence puissante des gouvernements athées et de leurs lois impies, il reste encore beaucoup des chrétiens fidèles. La foi d’un grand nombre, il est vrai, s’éteint graduellement, les cœurs se refroidissent, la vertu sombre dans un abîme de scandales ; mais Dieu conserve ses élus, ce qui fait rugir Satan. Pour arracher à Jésus jusqu’au dernier des baptisés, la Révolution emploie aujourd’hui le moyen le plus efficace. Le divin Sauveur a christianisé le monde par l’enseignement catholique ; la Révolution le déchristianise par l’enseignement satanique. Elle arrache violemment les enfants au Dieu de leur baptême, à l’Église leur mère, à leurs parents selon la chair, pour les livrer au démon, le seul maître qu’elle adore. Dans toutes les villes et tous les villages, elle aura désormais une école sans Dieu, d’où seront bannis le crucifix, le catéchisme, la prière. Et afin que tous les enfants sans exception arrivent à l’âge d’homme sans aucune connaissance du Sauveur qui les a baptisés dans son sang, elle ferme l’école chrétienne, rend obligatoire l’école sans Dieu, et force ainsi les jeunes générations à recevoir les leçons de ses professeurs d’athéisme.

Les prophéties de l’Écriture sur l’apostasie générale des nations sont donc accomplies. Comme les Juifs, les peuples s’écrient : « Nous ne voulons plus que Jésus règne sur nous. » »

Extrait de « Jésus-Christ, sa vie, sa passion, son triomphe » de R.P. Augustin Berthe.
Image : Raphaël, Le Conseil des Dieux (1517-1518) / Source : Wikimedia Commons (Domaine public).
NB : les titres en gras ont été ajoutés par la rédaction et ne figurent pas dans le texte original.


Notes :

[1] Matth., XXIV, 21.

[2] II ad Thessal., II , 7.

[3] II ad Timoth., IV,3-4.

[4] II ad Thessal., II , 3-4.

[5] II ad Thessal., II , 7.

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