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Licence révolutionnaire versus liberté catholique

Par Brice M.
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Liberte catholique versus licence revolutionnaire
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« Ce qui est de l’essence de la liberté, c’est le pouvoir d’agir ou de ne pas agir ; mais laisser le bien pour faire le mal n’est nullement de l’essence de la liberté: c’en est au contraire la défaillance. »

Saint Thomas d’Aquin, Sum. Theol. 1a . q. LXII, a. 8, ad 3.

Le concept de liberté dans la pensée philosophique traditionnelle et dans l’approche catholique

D’une certaine manière, le grand drame de la modernité a consisté à séparer le plus complètement possible l’idée de vérité de l’idée de la liberté, faisant de cette dernière une sorte d’absolu tournant à vide, une liberté folle qui n’est plus ordonnée à ce pour quoi elle est faite : le vrai et le bien. Le rationalisme et le libéralisme qui prônent l’indépendance de la raison vis à-vis de la morale et de la religion aboutissent en effet à cette déconnexion. Le résultat c’est l’indifférentisme religieux et le relativisme dans l’ordre philosophique.

Pourtant, la première chose qui frappe lorsqu’on considère la liberté c’est l’intime connexion qu’a la liberté avec la vérité. L’idée de liberté est au fond inséparable de l’idée de vérité puisque la liberté ne peut se penser sans les facultés de la raison et de la volonté.

On ne peut en effet parler de liberté pour un animal. Les animaux agissent par nécessité, sous l’influence de l’instinct et non en suivant leur raison. La liberté est l’apanage de l’homme. Aristote définit précisément l’homme comme un « animal raisonnable » et le pape Léon XIII pose justement cet axiome en préambule de sa grande encyclique sur la liberté, Libertas : « La liberté, bien excellent de la nature et apanage exclusif des êtres doués d’intelligence ou de raison » [1]Encyclique Libertas Præstantissimum. Pape Léon XIII.20 juin 1888

Pour comprendre ce qu’est la liberté, il faut donc partir de cette nature de l’homme qui est faite d’intelligence et de volonté. Comme tous les êtres, l’homme tend à sa perfection. Or sa nature étant d’abord la raison, il tend par conséquent à une perfection raisonnable. Si cette fin est le perfectionnement de notre nature, elle doit être conforme à notre nature. De manière générale la fin d’une chose correspond en effet à sa nature. Un oiseau est fait pour voler, c’est sa fin. Les hommes ne choisissent pas d’être hommes, celle-ci leur est donnée à la naissance. N’étant pas libres de notre nature, nous ne sommes pas libres de notre fin qui fait partie intégrante de notre nature.  N’ayant pas la liberté de choisir une autre nature que la nature humaine, nous n’avons pas la possibilité de choisir une autre fin que celle de la nature humaine. Si notre nature est la nature humaine, notre fin sera logiquement celle de la nature humaine : notre fin est ainsi déterminée à l’avance, elle n’est pas l’objet d’un choix, elle est fixe car elle correspond à l’ordre de l’être. Mais quelle est cette fin ? L’objet de l’intelligence est le vrai et l’objet de la volonté est le bien. Or Dieu est le souverain vrai et le souverain bien, la fin de l’homme c’est donc Dieu.

La volonté agit ensuite sous la lumière de l’intelligence qui l’éclaire sur ce qu’elle doit choisir, lui indiquant ce qu’il est raisonnable de choisir par rapport à l’objectif, qui est l’atteinte de sa perfection. C’est toujours en vue de cette fin à atteindre que l’intelligence opère ses jugements. Par conséquent la liberté n’est qu’un moyen pour arriver à notre fin qui est la vie éternelle dans l’union à Dieu. Il y a ainsi une connexion étroite entre la liberté comme pouvoir qui nous est donné par Dieu et l’atteinte de notre fin telle qu’elle est voulue par Dieu :

« La liberté intérieure et spirituelle est la puissance que Dieu nous donne de le connaître, de l’aimer, de le servir ici-bas, d’accomplir aussi parfaitement que possible ses volontés adorables, d’observer fidèlement sa loi, d’éviter le mal, et, par ce moyen, d’arriver à la vie, à la liberté éternelle. Auteur de la nature, il nous donne le libre arbitre, la raison, la volonté et tout ce qu’il faut pour choisir le bien, de préférence au mal ; auteur de la grâce, il joint à la lumière de la raison les lumières mille fois plus splendides de la foi, à la force de la volonté la force véritablement divine de l’espérance et de l’amour surnaturels. »

La liberté. Mgr de Ségur. 1869  p. 241

Si l’homme a été doté de la raison et du libre arbitre ce n’est donc pas pour qu’il choisisse « n’importe quoi », c’est bien pour qu’il utilise sa raison et fasse les bons choix. On ne peut donc penser la liberté sans se référer à notre fin dernière. C’est tout littéralement « impensable ». Notre intelligence doit donc nous aider à faire des choix qui soient raisonnables, c’est-à dire qui aient du sens par rapport à l’objectif final : ces choix doivent nous rapprocher de la fin et non nous en éloigner.

Nous ne sommes pas libres de choisir une fin contraire à notre nature. L’homme en effet ne peut pas choisir ce qu’il veut être ou être autre chose que ce qu’il est, c’est proprement contre-nature. La liberté s’exerce dans un cadre : ce pour quoi nous sommes faits, notre nature humaine. Lorsque nous utilisons notre nature humaine à autre chose que ce pour quoi elle est faite : Dieu, le vrai, le bien, nous la corrompons, nous la détruisons :

« La liberté, cet élément de perfection pour l’homme, doit s’appliquer à ce qui est vrai et à ce qui est bon. Or, l’essence du bien et de la vérité ne peut changer au gré de l’homme, mais elle demeure toujours la même, et non moins que la nature des choses elle est immuable. Si l’intelligence adhère à des opinions fausses, si la volonté choisit le mal et s’y attache, ni l’une ni l’autre n’atteint sa perfection, toutes deux déchoient de leur dignité native et se corrompent. »

Léon XIII, encyclique Immortale Dei du 1er novembre 1885

La dimension morale dans le concept de liberté 

La confusion vient du fait que le mot liberté a plusieurs sens. Il est donc nécessaire de bien distinguer entre ce que la philosophie appelle la liberté pyschologique (ou libre arbitre) et la liberté morale. La liberté psychologique est cette faculté que nous avons de pouvoir choisir une chose plutôt qu’une autre. Concrètement, d’un point de vue psychologique, nous pouvons en effet choisir ce que nous voulons, car le propre de l’homme est d’avoir le libre arbitre mais d’un point de vue moral nous ne sommes pas « libres » de choisir ce que nous voulons, nous n’avons pas un droit absolu et inaliénable à choisir le mal. Est moral un acte tendant à sa fin. Notre liberté doit donc s’exercer vers notre fin : les vrais biens.

D’un point de vue moral l’homme n’est pas libre de choisir le mal. En choisissant le mal il se détourne de sa vraie fin. La seule liberté que nous avons est donc celle de choisir tel ou tel moyen vers une fin qui est fixée d’avance car cette fin est le propre de l’homme. Nous comprenons ainsi la définition que donne Saint Thomas d’Aquin : « la liberté est cette faculté que nous avons de choisir les moyens en vue de la fin ». La liberté est donc le pouvoir d’atteindre notre fin en choisissant les bons moyens.

« la liberté est, comme Nous l’avons dit, le propre de ceux qui ont reçu la raison ou l’intelligence en partage; et cette liberté, à en examiner la nature, n’est pas autre chose que la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but déterminé; en ce sens que celui qui a la faculté de choisir une chose entre plusieurs autres, celui-là est maître de ses actes»

Encyclique Libertas Præstantissimum. Pape Léon XIII.20 juin 1888

Notre liberté ne porte donc que sur les moyens qui nous permettent d’atteindre notre fin mais pas sur la fin elle-même. Nous avons vu que la liberté est impensable sans l’intelligence et la volonté. Faire un acte libre implique en effet de faire l’usage de son intelligence et de sa volonté. Choisir le mal, en fait, revient à NE PAS CHOISIR le bien. Le mal est en réalité une absence de bien. Choisir le mal doit donc être compris avant tout comme un acte de rejet et de révolte contre Dieu :

« Le mal, c’est la mort ; c’est la négation pratique du bien, de la vérité, de l’ordre, de la vie; en un mot, de tout ce qui est de Dieu. Loin d’être une puissance, le mal n’est qu’une défaillance, et loin d’être partie essentielle de la liberté, il en est l’ennemi, et même le seul ennemi. Plus un être, individuel ou social, est étranger au mal, plus il est libre, plus il jouit de la puissance d’atteindre sa fin, d’accomplir la volonté de Dieu.»

 La liberté. Mgr de Ségur. 1869  p. 246

Choisir le mal c’est choisir une autre fin que ce pour quoi nous sommes faits. C’est donc proprement une auto-destruction, cela revient à choisir ce que nous ne sommes pas.

« Beaucoup de gens s’imaginent aujourd’hui qu’il est de l’essence de la liberté de pouvoir faire le bien ou le mal. C’est là une erreur fondamentale. « Le pouvoir de faire le mal n’est ni la liberté, ni une partie de la liberté » dit saint Anselme. Ce qui est de l’essence de la liberté, c’est, ajoute saint Thomas, le pouvoir d’agir ou de ne pas agir ; mais laisser le bien pour faire le mal n’est nullement de l’essence de la liberté: c’en est au contraire la défaillance, defectus libertatis. » Sum. Theol. 1a . q. LXII, a. 8, ad 3.

La liberté. Mgr de Ségur. 1869 . p .244

Nous pouvons choisir le bien ou le mal mais ne pouvons pas choisir indifféremment le bien ou le mal. Lorsque nous choisissons le mal, nous échouons à accomplir notre vocation naturelle qui est le bien. Lorsqu’on choisit le mal nous manquons à notre vocation qui est la perfection :

« A ce point de vue, il est évident que l’homme n’a le droit de faire usage de sa liberté que pour s’attacher au bien et au vrai : si, dans l’état d’épreuve, il a en lui la faculté d’adhérer à l’erreur et au mal, ce n’est que par une imperfection inhérente à sa nature. »

P.392 La liberté. Mgr de Ségur. 1869 .

Enfin, le pape Léon XIII enseigne que choisir le mal est non seulement une imperfection mais également un « abus de la liberté » et un « vice radical » :

« de même que pouvoir se tromper et se tromper réellement est un défaut qui accuse l’absence de la perfection intégrale dans l’intelligence, ainsi s’attacher à un bien faux et trompeur, tout en étant l’indice du libre arbitre, comme la maladie l’est de la vie, constitue néanmoins un défaut de la liberté. Pareillement la volonté, par le seul fait qu’elle dépend de la raison, tombe dans un vice radical qui n’est que la corruption et l’abus de la liberté. »

Encyclique Libertas Præstantissimum. Pape Léon XIII.20 juin 1888

La licence s’oppose à la vraie liberté 

Il existe donc un usage légitime et un usage illégitime de la liberté. L’homme libre est celui qui en fait un usage légitime.

«la liberté est bonne en elle-même ; comme la parole, comme la force, comme toutes les puissances que le bon DIEU nous a départies. L’abus que nous pouvons en faire ne saurait leur enlever leur caractère intrinsèque de bonté. Ici, l’abus s’appelle licence ; à l’usage, à l’usage légitime doit seul être donné le beau nom de liberté » La liberté par Mgr de Ségur.1869 p.239

Pour déterminer si cet usage est légitime nous devons le rapporter à la fin de l’homme. Nous avons vu que la liberté nous été donné en vue du bien. La vraie liberté consiste donc à en faire usage pour le bien :

 « La liberté, la vraie, la seule vraie liberté, c’est la puissance que possède un être raisonnable de réaliser sa fin dernière, de faire ce qu’il doit faire, d’accomplir sa destinée ; ou, pour parler plus clairement encore, d’accomplir pleinement et en toutes choses la très sainte volonté de DIEU »

La liberté. Mgr de Ségur. 1869 . p .252

En définitive, c’est donc par abus de langage que nous appliquons le terme de liberté à des choses qui ne sont pas de cet ordre. Le terme de liberté ne saurait s’appliquer à ce qui n’est pas du domaine de la liberté, encore moins à ce qui en est l’opposé. La licence est en effet le contraire de la liberté. A la fin du XIXème siècle, le pape Léon XIII notait déjà cette confusion-pour ne pas dire inversion,-entre le concept de liberté et de licence :

« il en est un grand nombre qui, à l’exemple de Lucifer, de qui est ce mot criminel : « Je ne servirai pas », entendent par le nom de liberté ce qui n’est qu’une pure et absurde licence. »

Encyclique Libertas Præstantissimum. Pape Léon XIII.20 juin 1888

Il est évident que lorsque nous suivons uniquement nos instincts, que nous lâchons la bride à ses passions ou que nous nous abandonnons à nos vices, nous n’agissons pas librement puisque nous sommes mus par des forces autres que notre volonté raisonnable. Au lieu de nous gouverner nous-même, nous sommes alors gouvernés par des forces extérieures. Nous nous trouvons sous la domination de la seule nature et donc les esclaves du péché. Au final choisir le mal nous rend esclave du péché et nous conduit donc à l’aliénation :

« la faculté de pécher n’est pas une liberté, mais une servitude. »

Encyclique Libertas Præstantissimum. Pape Léon XIII.20 juin 1888

La liberté du « libre-penseur » qui croit en une « liberté en dehors de la foi » est donc un mensonge. Cette fausse liberté qui octroie aux hommes le « droit » de faire tout ce qu’ils veulent, le bien comme le mal, doit être appelée en réalité ” licence”.

« On voit dès lors ce que c’est que la licence. Dans l’ordre spirituel et personnel, la licence c’est le péché : c’est l’abus détestable, plus ou moins coupable selon les circonstances, de la puissance que DIEU nous donne d’être nous-mêmes les artisans de notre sainteté et de notre bonheur, et de réaliser par nous-mêmes notre destinée magnifique, avec la dignité et la souveraineté qui conviennent à des êtres raisonnables, à des enfants de DIEU, à des chrétiens. »

La liberté par Mgr de Ségur.1869 p.241

Conclusion

Malheureusement, les principes libéraux qui gouvernent notre société sont fondés sur une telle conception de la liberté-licence. Nous verrons dans un prochain article comment l’application de tels principes dans l’ordre social ne peut conduire qu’au chaos. Nous en avons la démonstration quotidienne du reste, aujourd’hui. La société s’écroule littéralement sous nos yeux dans tous les domaines : social, judiciaire, politique, familial. Nous verrons que seul un retour à la conception catholique de la liberté dans la définition et l’application des lois permettrait de refonder un ordre à la fois plus juste et plus harmonieux sur le plan social et surtout plus favorable au salut des âmes.  

Notes

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1 Encyclique Libertas Præstantissimum. Pape Léon XIII.20 juin 1888

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