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L’essence de la Révolution. Plinio Corrêa de Oliveira

Par Brice Michel

Plinio Corrêa de Oliveira, (1908 -1995) est un historien, journaliste, essayiste et homme politique brésilien, fondateur du mouvement catholique Tradition Famille Propriété. Il publia en 1959, un ouvrage intitulé « Révolution et Contre-Révolution ». Voici des extraits du Chapitre VII L’essence de la Révolution qui traite de l’essence de la Révolution. Plinio Corrêa de Oliveira oppose à la Révolution l’idéal de la Contre-Révolution qui consiste à restaurer et favoriser la culture et la civilisation catholique.

1.La Révolution par excellence

Le processus de crise étudié dans cet ouvrage est, nous l’avons dit, une Révolution.

A. Sens du mot « Révolution »

Nous donnons à ce vocable le sens d’un mouvement qui vise à détruire un pouvoir ou un ordre légitimes pour les remplacer par un état de choses (et non un ordre de choses) ou un pouvoir illégitimes.

B. Révolution sanglante ou non sanglante

Une révolution peut donc, à la rigueur, ne pas être  sanglante. Celle traitée ici s’est développée et se développe par toutes sortes de moyens, sanglants ou non sanglants. Considérées dans leurs conséquences les plus profondes, les deux guerres mondiales de ce siècle, par exemple, constituent des chapitres qui comptent parmi les plus sanglants de cette Révolution. De son côté, la législation de plus en plus socialiste adoptée par tous les peuples actuels – ou presque – est un de ses progrès capitaux, mais non sanglant.

C. L’ampleur de cette Révolution

La Révolution a souvent renversé les autorités légitimes, leur en substituant d’autres sans le moindre titre de légitimité. Mais il y aurait erreur à penser qu’elle se borne à cela. Son principal objectif ne consiste pas à détruire tels ou tels droits individuels ou familiaux. Elle veut bien davantage: elle veut détruire un ensemble, un ordre de choses légitime, et le remplacer par une situation illégitime. Et « ordre de choses » ne dit pas tout. C’est toute une vision de l’univers et une manière d’être de l’homme que la Révolution prétend abolir, avec l’intention de les substituer par d’autres radicalement opposées.

D. La Révolution par excellence

On comprend alors que cette Révolution ne soit pas seulement une révolution, mais la Révolution.

E. La destruction de l’ordre par excellence

En effet, l’ordre de choses en cours de destruction est la chrétienté médiévale. Or cette chrétienté n’instaura pas un ordre quelconque, possible parmi beaucoup d’autres. Elle réalisa, en des circonstances inhérentes aux époques et aux lieux, le seul ordre authentique pouvant exister entre les hommes, c’est-à-dire la civilisation chrétienne.

Dans l’encyclique « Immortale Dei », Léon XIII décrivit en ces termes la chrétienté médiévale: « Il fut un temps où la philosophie de l’Evangile gouvernait les Etats. A cette époque l’influence de la sagesse chrétienne et sa divine vertu pénétraient les lois, les institutions, les mœurs publiques, toutes les classes et toutes les relations de la société civile. Alors la religion instituée par Jésus-Christ, solidement établie dans le degré de dignité qui lui est dû, était partout florissante grâce à la faveur des princes et à la protection légitime des magistrats. Alors le Sacerdoce et l’Empire étaient unis par une heureuse concorde et l’amical échange de bons offices. Organisée de la sorte, la société civile donna des fruits supérieurs à toute attente, dont la mémoire subsiste et subsistera, consignée qu’elle est dans d’innombrables documents que nul artifice des adversaires ne pourra détruire ou obscurcir » (19).

Ainsi ce qui a été détruit depuis le XVe siècle, cela même dont la destruction est presque entièrement consommée aujourd’hui, c’est la disposition des hommes et des choses selon la doctrine de l’Eglise, maîtresse de la Révélation et de la loi naturelle. Cette disposition est l’ordre par excellence. Ce qu’on veut donc lui substituer est, « per diametrum », son contraire: la Révolution par excellence.

La Révolution en cours a sans aucun doute connu des précurseurs ainsi que des préfigures. Arius et Mahomet furent des préfigures de Luther, par exemple. A différentes époques, apparurent aussi des utopistes qui rêvèrent des jours très semblables à ceux de la Révolution. En diverses occasions enfin, des peuples ou des groupes humains tentèrent de concrétiser un état de choses analogue aux chimères de celle-ci.

Mais tous ces rêves, toutes ces préfigures ne sont rien – ou bien peu de chose – comparés à la Révolution dont nous voyons le processus s’accomplir. Par son radicalisme, son universalité, sa fougue, elle s’est introduite si profondément dans les peuples et elle va si loin qu’elle constitue quelque chose d’absolument unique dans l’Histoire, et conduit nombre d’esprits pondérés à se demander si réellement nous ne sommes pas arrivés aux temps de l’Antéchrist.(…)

2. Révolution et légitimité

A. La légitimité par excellence

La notion de légitimité n’a été en général envisagée que dans ses rapports avec les dynasties ou les gouvernements. Si l’on prête attention aux enseignements de Léon XIII dans l’encyclique « Au Milieu des Sollicitudes », du 16 février 1892 (21), on ne peut en effet faire table rase de la question de la légitimité dynastique ou gouvernementale, puisqu’il s’agit d’une très grave question de morale que les consciences droites doivent considérer avec toute l’attention nécessaire.

Ce n’est toutefois pas à ce genre de problèmes seulement que s’applique l’idée de légitimité.

Il existe une légitimité plus haute: celle qui caractérise tout ordre des choses dans lequel se réalise effectivement la Royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ, modèle et source de la légitimité de toutes les royautés et de tous les pouvoirs terrestres. Lutter en faveur de l’autorité légitime est un devoir, et un devoir grave. Il ne faut cependant pas voir la légitimité des détenteurs de l’autorité seulement comme un bien excellent en soi, mais aussi comme un moyen en vue d’atteindre un bien encore supérieur: la légitimité de tout ordre social, de toutes les institutions et de tous les milieux. C’est ce qui arrive avec la disposition de toutes les choses selon la doctrine de l’Eglise.

B. Culture et civilisation catholique

L’idéal de la Contre-Révolution est par conséquent de restaurer et favoriser la culture et la civilisation catholique. Cet ensemble de thèses serait incomplet s’il ne contenait pas une définition de ce que nous entendons par « culture catholique » et « civilisation catholique ». Les termes « civilisation » et « culture » peuvent prendre des sens très divers. Nous ne prétendons pas prendre ici position dans une question de terminologie. Nous nous limitons à employer ces vocables comme des étiquettes de précision relative pour désigner certaines réalités. Nous sommes plus soucieux, en effet, de donner une idée véritable de ces réalités que d’en discuter les termes.

Une âme en état de grâce possède, à un degré plus ou moins grand, toutes les vertus. Illuminée par la foi, elle dispose des éléments nécessaires pour former l’unique vision véritable de l’univers.

L’élément fondamental de la culture catholique est la vision de l’univers élaborée selon la doctrine de l’Eglise. Cette culture ne comprend pas seulement une instruction, c’est-à-dire la possession des informations nécessaires à une telle élaboration, mais aussi une analyse et une coordination de ces données conformément à la doctrine catholique. Elle ne se restreint pas au domaine théologique, philosophique, ou scientifique mais embrasse toute la connaissance humaine, se reflète dans l’art et implique une affirmation de valeurs qui imprègnent tous les aspects de l’existence.

La civilisation catholique est la structuration, selon la doctrine de l’Eglise, de toutes les relations humaines, de toutes les institutions humaines et de l’Etat lui-même.

C. Caractère sacral de la civilisation catholique

Un tel ordre de choses est, certes, fondamentalement sacral et suppose la reconnaissance de tous les pouvoirs de la Sainte Eglise, et en particulier ceux du Souverain Pontife: un pouvoir direct dans le domaine spirituel; un pouvoir indirect dans le domaine temporel pour ce qui concerne le salut des âmes.

La société et l’Etat ont effectivement comme finalité la pratique de la vertu par la communauté des personnes. Or les vertus que l’homme est appelé à cultiver sont les vertus chrétiennes, au premier rang desquelles se trouve l’amour de Dieu. La société et l’Etat ont donc une fin sacrale (22).

C’est bien entendu à l’Eglise qu’appartiennent les moyens appropriés au salut des âmes. Mais la société et l’Etat disposent d’instruments efficaces au service de la même fin qui, mûs par le haut, produisent des effets supérieurs à eux-mêmes.

D. Culture et civilisation par excellence

On déduit aisément de ces observations que la culture et la civilisation catholiques sont la culture par excellence et la civilisation par excellence. Il faut ajouter qu’elles ne peuvent exister que chez des peuples catholiques. Bien que l’homme puisse connaître les principes de la loi naturelle à travers sa seule raison, aucun peuple ne peut en effet, sans le Magistère de l’Eglise, en conserver la connaissance intégrale de manière durable (23). D’où il suit qu’un peuple ne professant pas la vraie religion ne peut pratiquer tous les Commandements d’une manière durable (24). Et comme sans la connaissance ni l’observation de la loi de Dieu il ne peut y avoir d’ordre chrétien, la civilisation et la culture par excellence ne sont possibles que dans le giron de la Sainte Eglise. C’est ce que déclarait saint Pie X: la civilisation « est d’autant plus vraie, plus durable, plus féconde en fruits précieux qu’elle est plus nettement chrétienne; et d’autant plus décadente, pour le grand malheur de la société, qu’elle se soustrait davantage à l’idée chrétienne. En conséquence, par la force intrinsèque des choses, l’Eglise se rend aussi, de fait, la gardienne et la protectrice de la civilisation chrétienne ». (25)

E. L’illégitimité par excellence

Si en cela consistent l’ordre et la légitimité, on voit facilement en quoi consiste la Révolution. C’est le contraire de cet ordre: c’est le désordre et l’illégitimité par excellence.

3. La Révolution, l’orgueil et la sensualité – Les valeurs métaphysiques de la Révolution

Deux notions conçues comme valeurs métaphysiques expriment bien l’esprit de la Révolution: l’égalité absolue et la liberté complète. Les passions qui la servent le plus sont l’orgueil et la sensualité.

Source: https://www.pliniocorreadeoliveira.info/FR%20RCR/RCR_001c7_revolution_contre_revolution.htm

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