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Qu’est-ce que le modernisme?

Par Brice Michel
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En haut à gauche : Martin Luther (1483-1546)
En bas à gauche : Emmanuel Kant (1724-1804)
En haut à droite : Jorge Mario Bergoglio (1936-    )
En bas à droite : Alfred Loisy (1857-1940)


« En réalité, vous le savez, rien de moins moderne ni de plus vieillot que le modernisme. Catholiques, vous croyez à l’Église réellement divine ; chrétiens, vous croyez à la divinité réelle de Jésus-Christ ; hommes religieux, vous croyez en un Dieu réel, créateur et fin dernière ; hommes simplement raisonnables, vous croyez à la vérité.

Le modernisme, c’est la négation de tout cela. Comme le protestantisme, le modernisme nie l’autorité divine de l’Église : l’Église est purement humaine. Comme le rationalisme, le modernisme nie la divinité réelle de Jésus-Christ : Jésus-Christ n’est qu’un homme. Comme le panthéisme et l’athéisme, le modernisme nie l’existence réelle d’un Dieu créateur distinct du monde. Comme le scepticisme, le modernisme refuse à la raison humaine le pouvoir de connaître réellement aucune vérité. Logiquement, c’est l’abîme sans fond, provocateur de désespoir, du doute absolu. Mais le modernisme, et c’est là son unique nouveauté, prétendait, en niant tout cela, garder toute l’apparence, toute la façade, toutes les formules du catholicisme ».

Abbé H. Gaudeau.1908 [1]Discours de l’abbé H. Gaudeau du 15 novembre 1908, à Saint-Sulpice extrait de « Modernisme et Modernistes en Italie, en Allemagne, en Angleterre et en France ». Théodore Delmont, Paris : … Continue reading

Introduction: les enjeux du combat des catholiques contre le modernisme

Le modernisme, même s’il apparaît dès les débuts du XXème siècle, est sans conteste l’hérésie de notre temps. Si la vocation de St Pie X fut de nous mettre en garde contre le poison du modernisme, notre devoir et notre vocation à nous catholiques aujourd’hui est de dénoncer le modernisme et de le combattre, expliquait Mgr Selway [2]https://www.youtube.com/watch?v=5eCrRIRXe_Q)) dans un sermon de 2021. Pour bien combattre le modernisme, encore faut-il comprendre en quoi il consiste et quels sont ses sources. Or, une des … Continue reading Cet article vise donc à donner les points saillants du modernisme et ainsi permettre de repérer les modes de raisonnement et les tournures de pensée modernistes dans les écrits qui en sont imprégnés.

Les origines du modernisme

Le terme de modernisme est apparu initialement en 1904 sous la plume de journalistes italiens. Il était cependant déjà utilisé parmi les théologiens romains pour qui le terme de « modernistes » désignait ces clercs novateurs et réformateurs promouvant une approche du christianisme « moderne » : en phase avec la modernité.

A la genèse du modernisme il y a en effet cette idée qu’il faut adapter le catholicisme à la « modernité », c’est-à-dire à la philosophie moderne et à l’esprit du temps. L’Eglise a toujours connu des réformes et une adaptation au contexte spécifique de son époque, mais ces changements n’ont jamais concerné le cœur de la foi ou le dogme, ils concernaient la discipline ou la pastorale. Or ce qui caractérise le modernisme, c’est qu’il s’agit d’une révolution au niveau même de la foi.

A l’origine, le modernisme fut le fait d’intellectuels et de théologiens dont les spéculations ont abouti au final à une subversion complète du concept de foi et un renversement de toutes les notions traditionnelles qui sous-tendent la pensée catholique. Le modernisme a ainsi commencé comme un mouvement intellectuel proposant une interprétation radicalement nouvelle des croyances et des vérités de foi, un nouveau « christianisme » en opposition avec ce qu’a toujours enseigné l’Eglise catholique. En un mot, il s’agit d’une conception hérétique du christianisme, sous l’influence de la philosophie rationaliste des Lumières. C’est le catholicisme vu avec les lunettes ou le prisme d’un philosophe des Lumières, c’est-à-dire que toutes les vérités de foi catholique sont comprises d’un point de vue purement naturel, en faisant abstraction de la dimension surnaturelle. C’est donc une inversion complète du rapport traditionnel entre la foi et la raison.

Ce qui distingue donc le modernisme des autres hérésies qui s’attaquaient à un point de foi particulier et ce qui en fait un mouvement redoutable pour le catholique, c’est que le modernisme s’attaque au concept même de la foi.

Il faut comprendre que le modernisme a sa source dans des erreurs d’ordre philosophiques, il est une sorte de maladie de l’intelligence. En détruisant le concept de raison il détruit la possibilité même de faire un acte de foi raisonnable, c’est-à-dire l’adhésion de l’intelligence à la vérité révélée :

« Les principales erreurs qui leur sont reprochées portent sur la manière même d’atteindre Dieu, et la valeur de la connaissance que nous en pouvons obtenir, sur les concepts de révélation, de foi et de dogme, sur le rôle de l’Ecriture, de la tradition et de l’Eglise dans l’origine et le développement de notre doctrine et de notre vie religieuse. Au lieu d’une vérité objective, garantie par la raison et par la foi, tout est ramené au subjectivisme : ce qui entraîne pour conséquence l’évolutionnisme indéfini des formules et des idées. Les autres hérésies ont intéressé tel ou tel article de la dogmatique spéciale : le modernisme touche à l’ensemble de la théologie fondamentale pour la bouleverser. »

Dictionnaire de théologie catholique. (DTC).1899. Article « Modernisme »

La définition du modernisme que donne le DTC rend bien compte de ce processus de destruction à l’oeuvre dans le modernisme:

« mouvement doctrinal aboutissant à saper les fondements objectifs du dogme catholique sous prétexte de les moderniser ».

Dictionnaire de théologie catholique.(DTC). 1899. Article « Modernisme »

Pour approfondir, nous nous attacherons dans cet article à montrer plus en détail en quoi la conception moderniste rompt avec le catholicisme dans quatre grands domaines : la conception de la raison, la conception du dogme, la conception de la Révélation, et la conception de l’Eglise.

La conception moderniste de la philosophie : subjectivisme et agnosticisme

Au niveau philosophique la doctrine moderniste est subjectiviste, par opposition à la philosophie traditionnelle d’Aristote et de Saint Thomas d’Aquin, qui, elle, est objectiviste. Le modernisme est en effet fortement influencé par le kantisme qui, lui-même est le fruit du subjectivisme protestant allemand.

La philosophie objectiviste définit traditionnellement la vérité comme étant l’adéquation de notre esprit à la réalité, finie ou infinie. Dans une telle conception

« la vérité consiste dans le rapport de conformité entre ce qui est ou n’est pas et l’acte de l’intelligence, qui, formellement ou éminemment, affirme que ce qui est est ou que ce qui n’est pas n’est pas. Si, d’une chose qui est, l’intelligence dit qu’elle n’est pas ; ou, d’une chose qui n’est pas, qu’elle est, on a, formellement, l’erreur»

Initiation thomiste R. P. Thomas PÈGUES p.103

Cette philosophie a pour conviction fondamentale que l’on peut connaître la réalité en soi. Or la révolution opérée par Kant (1724-1804) consista à affirmer, au contraire, qu’on ne peut pas connaître la réalité en soi, qu’on n’en connaît que les apparences. Contrairement à la doctrine traditionnelle et à la saine raison qui nous dit que par la science du raisonnement nous pouvons aller du connu à l’inconnu, Kant postule en effet que la raison humaine ne peut saisir que les phénomènes et ne peut donc pas atteindre l’essence des choses.

La seule chose que nous connaissons pour Kant, c’est donc notre connaissance et non pas l’objet de cette connaissance. La vérité, ou ce que nous croyons être la vérité, n’est finalement que le produit de notre intelligence et de nos aspirations. Chacun de nous est un sujet pensant prisonnier de ses vues et de ses projections personnelles.

Pour un kantien, notre âme et Dieu notamment, sont donc inconnaissables. Les hommes étant prisonniers de leurs catégories de pensée, ils ne peuvent jamais atteindre la vérité pour savoir si Dieu existe et il est impossible de prouver son existence. C’est ce qu’on appelle l’erreur de l’agnosticisme, c’est la première des grandes erreurs du modernisme identifiée par Saint Pie X dans son encyclique Pascendi Dominici Gregis publiée en 1907.

La plupart des théologies et philosophes aux origines du modernisme furent influencés par les idées de Kant. Or cette théorie de la connaissance de Kant implique un renversement complet du concept de vérité : on ne mesure plus nos idées aux objets se situant en dehors de notre esprit pour s’assurer que celles-ci sont conformes à la réalité, ce sont les objets qui sont mesurés à nos idées. Il s’agit au final d’une destruction la vérité sur le plan théorique et c’est donc le triomphe du subjectivisme. Cette philosophie subjectiviste aboutit à placer l’individu au centre de tout et comme règle ultime du vrai. L’expression « Chacun sa vérité » reflète cette philosophie.

Le fait par ailleurs que le modernisme soit si axé sur l’expérience religieuse et l’émotion (ceci est très visible dans le mouvement charismatique qui imprègne désormais toute l’église conciliaire et dont la Communauté de l’Emmanuel est emblématique) est une conséquence directe de cette philosophie subjectiviste. Si la vérité n’est que le produit de l’intelligence et qu’il n’y a aucun critère objectif pour l’établir, il s’ensuit que dans le domaine religieux, seule l’inspiration de mon coeur pourra me guider. On n’adhère plus à la vérité par l’intelligence mais par le cœur. Ayant détruit le concept même de vérité les modernistes tombent dans un relativisme et un subjectivisme généralisé qui affecte inéluctablement tous les domaines : le dogme, la révélation l’Eglise. C’est ce que nous allons voir.

Le dogme selon les modernistes : relativisme et évolutionnisme

Conformément à cette conception erronée de la vérité selon laquelle la vérité serait une création de l’esprit humain, les modernistes pensent que les dogmes ont été inventés par les Pères de l’Eglise, et qu’ils ne sont au fond qu’une interprétation des faits religieux rapportés par les Evangiles.

En fait, dans un cadre de pensée moderniste, le concept de dogme n’a plus vraiment de place, ou il perd en tous cas son sens initial. Un dogme est un point de doctrine établi, une vérité fondamentale et incontestable révélée par Dieu et comme telle directement proposée par l’Église à notre croyance. L’Eglise a toujours enseigné la valeur objective et positive des dogmes chrétiens. Le dogme révélé fournit une connaissance objective, si imparfaite qu’elle soit, des vérités divines. Le concept de dogme présuppose donc qu’une connaissance objective de la réalité, en particulier la réalité surnaturelle, soit possible. Or nous avons vu précédemment que c’est ce que nie précisément la philosophie moderniste en suivant les erreurs de Kant sur ces sujets.

A la suite de Kant, Schleiermacher (1768-1834), théologien protestant et philosophe allemand fit ainsi logiquement consister la religion dans le seul sentiment religieux, les dogmes n’étant donc que la traduction imagée et approximative de ce sentiment. Les dogmes sont ainsi redéfinis comme des représentations ou des symboles, et ne font qu’exprimer les impressions religieuses des individus d’une communauté donnée, à une certaine époque. C’est ainsi que les modernistes en viennent à considérer les dogmes comme la codification par l’autorité de l’expression des croyances collectives et non plus comme un ensemble de vérités définies et transmises une fois pour toutes par Dieu. Pour eux les dogmes sont donc variables, passibles de diverses interprétations et doivent donc être harmonisés avec la culture intellectuelle de l’époque et du milieu. C’est ce qui explique les changements réguliers dans les dogmes. C’est cette idée qui sous-tend tout le discours sur le nécessaire « aggiornamiento » de la doctrine catholique qui fut tenu par Jean XXIII et Paul VI pour justifier la révolution de Vatican II.

Historiquement, ce sont donc les dérives du subjectivisme protestant et du kantisme qui sont à l’origine de cette édulcoration du concept de dogme qu’on trouve dans le modernisme. Chez les protestants il y a longtemps déjà que le dogme avait perdu son statut de vérité incontestable : Luther croyait par exemple à la présence réelle, Calvin non…Les différents courants protestants n’ont jamais pu se mettre d’accord sur un ensemble de dogmes commun. En vertu du principe du libre-examen, chacun au sein du protestantisme croit aux dogmes qui correspondent à sa sensibilité.

« Dans son christianisme, le protestant ne trouvera plus aucune vérité révélée qui s’imposera à lui ; sur les dogmes du Symbole des Apôtres, il croira absolument ce qu’il voudra. Pour être chrétien, il lui suffira d’aller vers le divin par le sentiment. Et, ce divin, vers lequel il tendra ce sera lui-même qui l’aura façonné à sa guise »

Le protestantisme allemand : Luther, Kant, Nietzche / J. Paquier. 1915

Ces propos pourraient tout aussi bien s’appliquer aux modernistes actuels car en fin de compte le moderniste n’est autre qu’un protestant subjectiviste. Au final on peut ainsi décrire le modernisme comme un « christianisme non dogmatique, c’est-à-dire un protestantisme large et libéral. » [3]Dictionnaire apologétique de la foi catholique : contenant les preuves de la vérité de la religion et les réponses aux objections tirées des sciences humaines / sous la dir. de A. … Continue reading

La source des dogmes est la révélation. Si les modernistes ont une conception viciée de la notion de dogme cela est intimement lié à la vision fausse qu’ils se font de la révélation. Il est évident en effet que l’on ne peut nier la réalité objective du dogme révélé sans nier en même temps la révélation et la foi divine telles que le christianisme les enseigne. Voyons cela.

La conception de la révélation dans le modernisme : l’immanence vitale 

Selon l’enseignement traditionnel de l’Eglise, la révélation est un enseignement divin communiqué à l’homme par Dieu lui-même, et la foi est une adhésion absolue à la parole infaillible de Dieu.

Après que Luther ait détruit l’autorité de l’Eglise et que Kant ait détruit le concept de vérité, fatalement le concept de révélation tel qu’il était enseigné par l’Eglise devient impensable.

David Strauss (1808-1874), un autre philosophe protestant allemand influencé par Hegel et Schleiermacher affirma ainsi en 1835 dans son ouvrage « La vie de Jésus » que les récits évangéliques ne sont que des mythes reflétant l’inconscient des premières communautés chrétiennes. Ceci correspond à l’idée de Schleiermacher que nous avons évoqué selon laquelle la religion est une affaire de sentiment. Pour ces exégètes protestants, la révélation évangélique n’est donc plus Dieu qui se communique aux hommes mais l’expression du sentiment des hommes religieux d’autrefois, la subjectivité des ancêtres. Les propos de Joseph Ratzinger sur ces sujets dans son “Jésus de Nazareth” viennent directement de ces théories modernistes qui font procéder la foi de la seule subjectivité des individus et non de l’événement historique initial de la révélation:

“Comme résultat naturel de ces tentatives, il ressort l’impression que nous savons très peu de choses fiables sur Jésus et que c’est la foi en sa divinité qui a façonné son image après coup. Est-ce le Jésus de l’histoire qui a donné naissance au Christ de la foi – c’est bien entendu la position classique de l’Eglise catholique (et des autres églises chrétiennes) – ou bien est-ce que le Christ de la foi qui a fait apparaître un Jésus historique ?”

Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth, 2007

En apologétique traditionnelle on fonde la foi sur l’exploration des motifs de crédibilité pour déterminer si les événements de l’Evangile ont bien eu lieu, s’il est crédible de penser que Jésus-Christ était bien le Fils de Dieu, les raisons d’y croire etc.. Mais ces théologiens protestants, imbus de subjectivisme et d’agnosticisme kantiens ne croient plus à la possibilité d’une connaissance objective. Pour les modernistes, tout ce travail de démonstration, d’investigation et de recherche de la vérité est donc vain, car impossible.

Contrairement aux apologistes catholiques, les modernistes ne cherchent donc pas à établir l’authenticité des évangiles en établissant des faits, mais partent uniquement de leurs impressions pour en tirer leurs conclusions subjectives. Loisy ( 1857-1940), qui était chef de file des modernistes français en France, écrit en parlant des miracles : « Cela n’a pas pu se produire » [4]Les Evangiles synoptiques. Alfred Loisy.1907-1908. Loisy postule ainsi par avance que c’est impossible, sur la seule base de ses impressions.

En déclarant la raison impuissante à saisir la réalité il n’y a en effet plus de sens à chercher la vérité en dehors de soi et à chercher si une révélation extérieure est vraie. Si la vérité ne peut plus être trouvée en dehors de soi, alors il faut la chercher en soi nous disent les modernistes. Cette conception est ce que ce que Saint Pie X désigne sous le nom d’immanence vitale, la deuxième grande erreur qu’il dénonce dans son encyclique Pascendi Dominici Gregis:

« Or, la théologie naturelle une fois répudiée, tout accès à la révélation fermé par le rejet des motifs de crédibilité, qui plus est, toute révélation extérieure entièrement abolie, il est clair que, cette explication, on ne doit pas la chercher hors de l’homme.  C’est dans l’homme même qu’elle se trouve, et, comme la religion est une forme de vie, dans la vie même de l’homme. Voilà l’immanence religieuse.»

Encyclique Pascendi Dominici Gregis. Saint Pie X.1907

Cette conception de la foi qui transpire dans les écrits des modernistes est fortement influencée par les sciences expérimentales qui s ‘étaient fortement développées au XIXème siècle. Cette philosophie de l’immanence vitale- qu’on retrouve particulièrement chez le philosophe français Bergson- vient des théories qui se sont développées dans les sciences naturelles, notamment l’évolutionnisme qui considère que les phénomènes spirituels ne sont qu’une émanation de la matière. Appliquant ces théories à la religion, les modernistes analysent ainsi le phénomène religieux comme une forme de vie supérieure répondant à un besoin intérieur :

« Il y a dans l’homme un certain nombre de phénomènes intérieurs que les philosophes appellent l’immanence vitale. La religion est une forme de vie dans la vie de l’homme : voilà l’immanence religieuse. C’est d’abord un besoin qui se manifeste par un mouvement du cœur appelé sentiment. Les évolutionnistes ès-sciences naturelles avaient dit que, dans un être organisé, le besoin crée l’organe ; singulière explication, démentie trop souvent par les faits : suffit-il, en effet, d’éprouver le besoin d’un bien pour que soit créé le moyen de se le procurer? Les modernistes disent de même : le besoin du divin crée le sentiment religieux. »

« Moderniste sans le savoir », Abbé G. Lenert.1912

Ce que cela signifie, c’est que même si un moderniste prétend croire et pense que Dieu existe en dehors de lui-même même il le croit, non pas sur la base de preuves rationnelles mais sur la base de son expérience individuelle. C’est son sentiment qui lui a permis d’atteindre la réalité même de Dieu.

 « la foi, pour les modernistes, n’est que le résultat de l’expérience individuelle que fait le croyant sur lui-même pénétrant son sentiment religieux et y découvrant cette intuition du coeur qui lui fait atteindre la réalité même de Dieu. »

« Moderniste sans le savoir », Abbé G. Lenert.1912

Pour les modernistes, la foi n’est donc plus une adhésion de l’intelligence à la vérité révélée par un Dieu transcendant, mais plutôt une sorte de processus de prise de conscience interne et progressive par l’homme de l’’identité fondamentale entre l’homme ( ou sa conscience) et Dieu. Quand Ratzinger écrit dans Ma vie : Souvenirs 1927-1977, 1998 «le concept de “Révélation” implique toujours le sujet qui reçoit», c’est à ces théories d’inspiration kantienne ( de ce sujet impuissant à sortir de lui-même et à connaître réellement), qu’il fait référence. Dans une telle conception, ce n’est plus Dieu qui se révèle extérieurement à l’homme- l’homme se soumettant ensuite à la vérité communiquée-, mais plutôt l’homme qui satisfait son besoin religieux en se révélant à lui-même la croyance qu’il a en Dieu. La foi pour un moderniste « réside dans un certain sentiment intime engendré lui-même par le besoin du divin » nous dit en effet Saint Pie X. [5]Pascendi Dominici Gregis. Saint Pie X.1907

Là encore on voit le processus d’inversion à l’œuvre : ce n’est plus l’homme qui se soumet mais l’homme qui soumet Dieu à ses propres besoins. C’est une forme d’autorévélation de la conscience à elle-même. Tout se passe à l’intérieur de la conscience de chacun :

« Le centre de la Religion chrétienne, ce n’est plus Dieu et Jésus-Christ, avec la vérité sortie d’eux, c’est l’homme avec une âme créatrice du divin »

Le protestantisme allemand : Luther, Kant, Nietzche / J. Paquier. 1915

On a là à la fois l’influence du :
-naturalisme puisqu’une telle approche de la foi fait sortir le surnaturel de la sphère naturelle,
-du panthéisme puisque Dieu se confond avec sa création,
-du gnosticisme puisqu’insidieusement l’homme y est en quelque sorte déifié et tend à prendre la place de Dieu,
-d’une forme de fidéisme puisqu’on y fait dépendre la foi du sentiment et non de la raison. (Le fidéisme nie en effet que la foi prenne appui sur des démonstrations et ait une part de rationalité.)

Une citation de Loisy nous permet de faire la transition vers la conception que se font les modernistes de l’Eglise :

« La vérité en tant que bien de l’homme n’est pas plus immuable que l’homme lui-même. Elle évolue avec lui, en lui, par lui ; et cela ne l’empêche pas d’être la vérité pour lui ; elle ne l’est même qu’à cette condition (…) . La vérité de la Révélation en tant que tous les croyants y ont part, se fait perpétuellement en eux, dans l’Église, avec le concours de l’Écriture et de la Tradition. »

Autour d’un petit livre. Alfred Loisy.1903. p. 190.

On voit ici l’impact de cette philosophie de l’immanence sur la façon d’envisager l’Eglise: la vérité étant un processus évolutif immanent à l’homme, la vérité n’est plus quelque chose qui est transmis de l’extérieur, c’est quelque chose qui « se fait perpétuellement en eux » et « qui se fait perpétuellement dans l’Eglise ». La vérité se fait et la vérité évolue en permanence. Nous voilà au cœur du credo moderniste.

L’ecclésiologie moderniste : l’Eglise synodale

Dans le système de pensée moderniste, l’’Eglise n’est donc plus la gardienne du dépôt de la révélation, ce guide infaillible qui garantit l’interprétation du message initial et qu’elle transmet sans altération aux fidèles. Désormais, l’Eglise est conçue comme un simple organe de délibération, une sorte de structure visant à d’encadrer ce processus de création continue de la vérité, un processus collectif où tous , fidèles et clergé, sont impliqués. Elle est comme une entité chargée de stimuler les fidèles dans ce processus collectif de prise de conscience et de fabrication de la vérité. Le synode pour la synodalité actuellement en cours procède éminemment ce cette logique : les autorités consultent les fidèles et les invitent à participer à la définition des vérités, c’est une conception radicalement opposée à la conception de l’Eglise traditionnelle qui distingue entre l’Eglise enseignante (Pape et évêques) et l’Eglise enseignée ( prêtres et fidèles). Cette conception du Peuple de Dieu, comme ultime détenteur du Magistère authentique dans l’Eglise transparait clairement dans les propos de Jorge Mario Bergoglio aujourd’hui:

« Le sensus fidei empêche de séparer de façon rigide Ecclesia docens et Ecclesia discens, puisque le Peuple de Dieu possède son propre « flair » pour discerner les nouveaux chemins que le Seigneur ouvre à l’Église».

Discours du “pape” François lors de la commémoration du 50e anniversaire de l’institution du synode des évêques, 17 octobre 2015,[6] … Continue reading

Pour les modernistes en effet, l’Eglise n’est pas d’origine divine, elle est une construction purement humaine. Dans “L’Evangile et l’Église”, [7] L’Evangile et l’Église, p. 131 sq., 135 sq., 199 Loisy affirme ainsi que l’Eglise ne remonte point à l’institution primitive et ce n’est qu’à une époque assez éloignée des temps primitifs que l’Eglise s’est déclarée d’institution divine en tant que société extérieure et visible. Nous avons vu qu’en raison des postulats kantiens sur les apories de la raison, pour les modernistes, rien ne peut être démontré définitivement. Ainsi l’institution de l’Église et des sacrements par le Christ, comme sa résurrection sont un simple objet de foi, et non pas de démonstration historique.« la Résurrection n’est pas un événement historique, du même genre que la naissance ou le crucifiement de Jésus. »(…) C’est un saut qualitatif », écrit ainsi Joseph Ratzinger [8]Jésus de Nazareth,2007 (t. II, p. 308) . On le voit, chez les modernistes le Christ de la foi est radicalement séparé du Christ de l’histoire.

Pour eux, l’Eglise étant exclusivement humaine, sa nature et son organisation sont susceptibles de changer en fonction des évolutions de la pensée humaine. La vérité n’est désormais plus l’apanage du Magistère de l’Eglise, mais elle surgit du « Peuple de Dieu ». Ce terme clé de de Peuple de Dieu est apparu dans Lumen Gentium (1964), lors du concile Vatican II. Il est symptomatique de cette nouvelle ecclésiologie : dans une telle conception, la vérité réside dans le peuple qui est promu comme interprète authentique de la Révélation, les théologiens et les autorités n’étant là que pour organiser le débat. La vérité est l’objet d’une grande consultation, la vérité vient désormais des fidèles, voilà l’idée qui sous-tend l’organisation du Synode.

Cette conception démocratique du mode d’exercice du Magistère qui a émergé dès Vatican II était déjà visible dans les écrits de Ratzinger qui avait théorisé une telle démission de l’autorité. Dans un document de La Commission biblique pontificale [9]La Commission biblique pontificale est un organisme de la curie romaine fondé le 30 octobre 1902 ayant un rôle consultatif en ce qui concerne l’interprétation des textes bibliques. Depuis la … Continue readingdatant du 15 avril 1993, « L’interprétation de la Bible dans l’Église », on lit ainsi « le croyant lit et interprète l’Ecriture afin d’apporter à la communauté le fruit de sa lecture, pour enrichir la foi commune. » et dans l’introduction que rédigea Ratzinger à ce document, il explique que la Commission n’est qu’un organe de recherche et de consultation d’experts et non pas un organe magistériel. Ce n’est rien d’autre que l’application du principe de libre examen protestant au niveau communautaire.

En fait, toujours dans la lignée de cette impuissance de la raison à connaître et définir la vérité, les modernistes conçoivent l’Eglise comme un mystère dont on ne peut vraiment saisir ou définir l’essence. Ils vont donc jusqu’à considérer que la Constitution divine de l’Eglise n’est qu’un « modèle » d’explication possible de ce mystère et non pas une définition objective et définitive de la nature de l’Eglise. Par conséquent ce modèle étant approximatif, il n’est pas figé dans le temps.

Dans le champ de l’ecclésiologie, les théologiens modernistes spéculent donc sur les modèles qui refléteraient le mieux l’esprit et les nécessités de notre époque. C’est ainsi qu’ils sont amenés à une conception de la nature de l’Eglise radicalement différente de la conception traditionnelle.

Une des doctrines modernistes centrales sur ce sujet est celle de la collégialité : pour la résumer, cette doctrine consiste à dire que l’autorité détenue par le pape n’est rien d’autre que l’autorité détenue par le collège des apôtres et que le pape ne fait qu’exercer cette autorité au nom du collège des apôtres. Il s’agit d’une inversion complète de la doctrine de l’Eglise sur ce sujet puisque la doctrine catholique nous enseigne que toute autorité vient du Pontife romain et que l’autorité du collège des évêques n’est qu’une participation ou une extension de celle-ci. La doctrine de la collégialité contredit le dogme de la primauté du Pape sur l’Église universelle. Cette doctrine de la collégialité, en relativisant ce dogme de la primauté sert notamment à faire avancer l’œcuménisme cher aux modernistes puisque protestants ou schismatiques ne reconnaissent pas ce dogme de la primauté pontificale.

C’est ce principe de collégialité qui est à l’origine de l’actuelle conception de l’Eglise synodale explique l’abbé Dutertre dans son article sur la collégialité, paru en 2023. [10]https://mostholytrinityseminary.org/wp-content/uploads/2023/01/Collegiality_Dutertre_2023.pdf Le Synode des évêques fut créé par le pape Paul VI en 1965, sur recommandation du Concile Vatican II, afin de « maintenir vivant l’esprit de collégialité engendré par l’expérience conciliaire ». Le synode des évêques est une sorte de conseil ou de sénat des évêques, un organe de délibération censé représenter l’autorité suprême du collège des évêques, un peu sur le modèle des démocraties modernes, où l’assemblée des députés est censée représenter la souveraineté du peuple.  A un niveau en dessous, le pouvoir des évêques est censé représenter celui du collèges des prêtres dont l’autorité est issue de l’église universelle dans sa globalité.

Le Document préparatoire pour le Synode des évêques qui a commencé en 2021 s’intitulait. « Pour une Église synodale : communion, collaboration, participation et mission ». La quatrième partie a pour titre « La synodalité en action : pistes pour la consultation du Peuple de Dieu.» Bergoglio, commentant ce document, explique que les fidèles sont appelés à « participer » et insiste sur le devoir qu’a l’Eglise d’« écouter » les fidèles :

« une Église synodale : un lieu ouvert où chacun se sent chez lui et peut participer. Le Synode nous offre aussi l’opportunité de devenir une Église de l’écoute : faire une pause dans nos rythmes, réfréner nos angoisses pastorales pour s’arrêter et écouter.»

DISCOURS DU “PAPE” FRANÇOIS. Nouvelle salle du Synode. Samedi 9 octobre 2021 [11] https://www.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2021/october/documents/20211009-apertura-camminosinodale.html

“Participation”, “écoute”, “co-responsabilité”, tels sont les maîtres mots récurrents du langage conciliaire. On note que ce sont sensiblement les mêmes que ceux du débat politique républicain.

Cette subversion générale du concept d’autorité dans l’Eglise est très visible de manière générale dans les discours de Bergoglio qui met systématiquement en avant l’ « horizontalité » , au détriment de la « verticalité » :

« il y a beaucoup de résistance à surmonter l’image d’une Église rigidement divisée entre chefs et subordonnés, entre ceux qui enseignent et ceux qui doivent apprendre, oubliant que Dieu aime renverser les positions. Marcher ensemble découvre l’horizontalité plutôt que la verticalité comme ligne de conduite».

“Le Pape aux fidèles de Rome: la synodalité exprime la nature de l’Église” Vatican News. Article de Francesca Merlo [12]https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2021-09/pape-francois-rome-diocese-fideles-eglise-eveque-synode.html

Au final, c’est bien l’esprit démocratique qui est introduit dans l’Eglise qui pourtant, par nature, est monarchique. La conception moderniste de l’Eglise est en effet très proche de la conception révolutionnaire du gouvernement : la mission ne vient plus du pape mais des fidèles qui possèdent la souveraineté et le pouvoir de mission. C’est l’église enseignée qui devient la norme et le guide de l’Eglise enseignante. C’est une inversion complète de la doctrine de l’Eglise qui veut que ce soit la hiérarchie de l’Eglise, assistée par l’Esprit -Saint qui enseigne les fidèles.

Enfin, et toujours dans une optique œcuménique, Vatican II tend à reconnaître des « éléments d’Eglise » [13]Cardinal Kasper, Conférence donnée à l’occasion du 40e anniversaire de la promulgation du décret conciliaire Unitatis redintegratio, 11 novembre 2004. dans les fausses églises de confession chrétiennes séparées de l’Eglise catholique. Dans la conception moderniste il n’existe donc plus de séparation nette entre l’Eglise catholique et ces fausses églises, mais seulement une différence de degré. La frontière est rendue floue et la nécessité d’appartenir à l’Eglise catholique pour se sauver est donc relativisée.

En conclusion nous pouvons dégager de cette étude une sorte de credo moderniste sur ces quatre domaines que nous avons étudiés : philosophie, dogme, Révélation, Eglise. On peut rattacher à chaque point de ce credo une ou plusieurs des fausses doctrines qui constituent le modernisme : agnosticisme, rationalisme, immanentisme, subjectivisme, évolutionnisme, naturalisme, panthéisme, fidéisme, libéralisme. On voit ainsi que le modernisme est bien cet « égout collecteur de toutes les hérésies » selon le terme du pape saint Pie X dans son encyclique Pascendi.


Résumé. Les 12 articles du credo moderniste 

-La raison est impuissante à démontrer l’existence de Dieu (agnosticisme)

-La vérité ne s’impose pas au sujet, chacun construit sa vérité (immanence vitale, gnosticisme)

-La foi et la raison peuvent se contredire (rationalisme)

-La foi n’est pas affaire de dogmes à croire mais affaire de sentiment (sentimentalisme religieux)

-Les dogmes sont des symboles, ils ne traduisent pas une vérité objective (agnosticisme)

-Les dogmes doivent évoluer en fonction des nécessités de l’époque (évolutionnisme)

-Les Livres Saints ne sont pas divinement inspirés (scepticisme)

-Les faits surnaturels et les miracles n’existent pas (naturalisme)

-La révélation est un processus en mouvement qui a lieu dans la conscience de chacun, aucune autorité extérieure ne peut en garantir la véracité une fois pour toutes (immanentisme, subjectivisme, individualisme)

-L’Eglise n’est qu’une construction purement humaine (sociologisme, constructivisme, démocratisme)

-L’Eglise ne détient plus toute la vérité, elle la partage avec les autres dénominations chrétiennes, voire avec toutes les autres religions (indifférentisme religieux, oecuménisme)

-l’Eglise est faillible, elle n’est plus l’autorité morale ultime et doit donc être soumise à l’Etat (libéralisme, laïcisme)

Notes

Notes
1 Discours de l’abbé H. Gaudeau du 15 novembre 1908, à Saint-Sulpice extrait de « Modernisme et Modernistes en Italie, en Allemagne, en Angleterre et en France ». Théodore Delmont, Paris : P. Lethielleux (1909) Nihil obstat/Imprimatur ; Page 2
2 https://www.youtube.com/watch?v=5eCrRIRXe_Q)) dans un sermon de 2021.

Pour bien combattre le modernisme, encore faut-il comprendre en quoi il consiste et quels sont ses sources. Or, une des difficultés du modernisme est qu’il ne se présente pas comme une doctrine complète systématisée. Il n’est donc pas d’emblée évident d’en cerner tous les aspects. En prenant en compte le contexte intellectuel et philosophique dans lequel a émergé le modernisme, il est toutefois possible de reconstituer le système moderniste qui est une sorte de synthèse de toutes les erreurs du libéralisme, du naturalisme et du rationalisme.

Le combat contre le modernisme est par ailleurs d’autant plus difficile qu’un des traits distinctifs des modernistes est qu’ils avancent masqués, comme l’enseigna Saint Pie X dans sa célèbre encyclique contre le modernisme Pascendi Dominici Gregis publiée en 1907 : « Ils se cachent et c’est un sujet d’appréhension et d’angoisse très vives, dans le sein même et au cœur de l’Eglise, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement ». A la différence de la plupart des hérésiarques du passé qui revendiquaient explicitement leur rupture avec la doctrine catholique, les modernistes ont en effet pour particularité de rompre avec de nombreux points de foi tout en continuant à se présenter comme catholiques.  La stratégie de la dissimulation fait partie intégrante du modernisme.  Leurs propos conservent une saveur catholique, mais en creusant on y détecte la négation des nombreux points de foi.

Pour garder la foi à notre époque, un catholique doit donc s’armer intellectuellement contre le modernisme, en se formant et en apprenant à démasquer ces « hommes au langage pervers , diseurs de nouveautés et séducteurs, sujets de l’erreur et entraînant à l’erreur ».(( Encyclique Pascendi Dominici Gregis. Saint Pie X.1907

3 Dictionnaire apologétique de la foi catholique : contenant les preuves de la vérité de la religion et les réponses aux objections tirées des sciences humaines / sous la dir. de A. d’Alès,1911
4 Les Evangiles synoptiques. Alfred Loisy.1907-1908
5 Pascendi Dominici Gregis. Saint Pie X.1907
6 https://doc-catho.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Archives/Documentation-catholique-n-2521-H/Le-chemin-de-la-synodalite-est-celui-que-Dieu-attend-de-l-Eglise-au-troisieme-millenaire-explique-le-pape-Francois-2015-10-19-1370243
7 L’Evangile et l’Église, p. 131 sq., 135 sq., 199
8 Jésus de Nazareth,2007 (t. II, p. 308)
9 La Commission biblique pontificale est un organisme de la curie romaine fondé le 30 octobre 1902 ayant un rôle consultatif en ce qui concerne l’interprétation des textes bibliques. Depuis la réforme de la curie (1971), elle est un sous-organisme de la Congrégation pour la doctrine de la foi (ancien Saint-Office), dont le cardinal préfet est automatiquement président. Elle siège à la Cité du Vatican, dans le palais du Saint-Office.
10 https://mostholytrinityseminary.org/wp-content/uploads/2023/01/Collegiality_Dutertre_2023.pdf
11 https://www.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2021/october/documents/20211009-apertura-camminosinodale.html
12 https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2021-09/pape-francois-rome-diocese-fideles-eglise-eveque-synode.html
13 Cardinal Kasper, Conférence donnée à l’occasion du 40e anniversaire de la promulgation du décret conciliaire Unitatis redintegratio, 11 novembre 2004.

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4 Commentaires

Benoît YZERN 8 août 2023 - 6h25

Merci beaucoup de bien distinguer ces quatre composantes historiques du modernisme, la périodisation suivante ayant un caractère uniquement indicatif :

– la composante initiale ou originelle, qui va de 1889 à 1914,

– la composante ante-conciliaire, qui va de 1925 à 1965,

– la composante post-conciliaire, qui va de 1965 à 2012,

– la composante bergoglienne, qui a commencé en 2013.

Si vous ne distinguez pas entre les apports respectifs de chacune de ces quatre composantes bien distinctes, le risque est que vous considériez le modernisme, en son état actuel, comme un produit fini depuis longtemps, ce qui n’est pas le cas, des éléments constitutifs du modernisme bergoglien, dont ceux qui ont abouti a Amoris laetitia, ayant longtemps été jugés absolument inenvisageables, sous Jean-Paul II puis sous Benoît XVI.

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Benoît YZERN 8 août 2023 - 6h44

Merci beaucoup de parler davantage du fait que le modernisme fonctionne non seulement au moyen de tous les courants de pensée que vous avez rappelés, mais aussi au moyen

– du crypto ou du quasi égalitarisme interconfessionnel et interreligieux, voire, depuis Francois, interconvictionnel sinon inter-existentiel,

– du mode de raisonnement herméneutique, comme on le voit notamment chez Joseph Ratzinguer / Benoît XVI, ce qui va bien au-delà de son herméneutique de la réforme, et du mode de raisonnement historiciste, comme on le voit notamment chez Hans Kung, qui a longtemps été l’une des figures marquantes du modernisme dans sa composante historique post-conciliaire.

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Benoît YZERN 10 août 2023 - 9h20

Merci aussi de bien distinguer

– entre un modernisme assez modéré, qui a été, pendant longtemps, la mouvance des papes de Jean XXIII à Benoît XVI inclus, et qui se veut raisonnablement rénovateur ad intra, tout en étant oecuméniste (cf. le dialogue interconfessionnel) et inclusiviste (cf. le dialogue interreligieux) ad extra,

– et un modernisme bien plus radical, qui a longtemps été la tendance des opposants internes aux papes, du successeur de Pie XII au prédécesseur de François, et qui se veut audacieusement transformateur ad intra, dans les domaines de la foi, des moeurs, de la liturgie, des sacrements, tout en étant non seulement partisan de l’oecuménisme interconfessionnel et de l’inclusivisme interreligieux, mais aussi partisan d’un genre d’inclusivisme interconvictionnel, voire d’une sorte d’unanimisme inter-existentiel ad extra, surtout depuis le début du pontificat de François.

Ce qui est souvent cocasse et parfois grotesque, c’est la volonté des modernistes modérés de se faire passer pour des centristes, ni intégristes ni progressistes, ou ni lefebvristes, ni kungiens. et promoteurs

– de l’oecuménisme, mais pas du controversisme tridentin ni du confusionnisme interconfessionnel,

– de l’inclusivisme, mais pas de l’exclusivisme tridentin ni du relativisme interreligieux,

– du personnalisme, mais pas du substantialisme thomiste ni du subjectivisme, en ce qui concerne l’homme,

– de l’intégralisme, mais pas de l’organicisme thomiste ni de l’immanentisme, pour ce qui a trait au monde.

Or, notamment et surtout depuis Francois, on sait vraiment à quoi s’en tenir sur la volonté des clercs officiellement oecuménistes, inclusivistes, personnalistes et intégralistes de résister, clairement et fermement, respectivement, face au confusionnisme interconfessionnel, au relativisme interreligieux, au subjectivisme et à l’immanentisme…

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Benoît YZERN 10 août 2023 - 10h29

Enfin, si la question intéresse qui que ce soit, on ne peut que renvoyer à la prise en considération de la réflexion ou remarque suivante : le modernisme ? A partir de Harnack, les protestants libéraux y sont passés, un peu avant que les catholiques inclusifs y passent, à partir de Blondel, et cela a été, essentiellement sinon exclusivement, une question de décalage dans le temps, le temps d’une “transplantation” dans l’Eglise, avant que les clercs néo-catholiques commencent puis continuent à imiter ceux qui les ont précédés, sinon inspirés d’une manière exclusive, à savoir les clercs néo-protestants, notamment dans le cadre de “l’oecuménisme”.

Avec le recul, il apparaît en effet que la revalorisation de la composante patristique de la Tradition, au préjudice dramatique de la composante tridentine de la Tradition, a abouti à des travaux théologiques d’une très grande valeur, mais a aussi abouti à une non dramatisation, dès ses débuts, de l’alignement intellectuel du catholicisme inclusif sur le protestantisme libéral, cet alignement n’ayant pas été dramatisé, dès avant le Concile ni juste après le Concile, par des auteurs comme Balthasar et de Lubac.

En fait, tout le péché originel du modernisme catholique, culturellement post-blondélien, dans le contexte français, provient du fait que, depuis le début du XXÈME siècle, il navigue sous pavillon de complaisance,

– d’une part, en se faisant fréquemment passer pour ce qu’il n’est pas, sur le plan “épistémique”, puisqu’il se fait souvent passer pour un courant de pensée qui ne fonctionne ni à l’anhistorisme extrincésiste et monophoriste, ni à l’historicisme immanentiste et relativiste, alors qu’il est, tout aussi souvent, à la fois “couché” devant les continuateurs plus ou moins directs de Chenu ou de Teilhard, et “debout” devant ceux de Garrigou-Lagrange,

– d’autre part, en étant très souvent complaisant ad extra, au bénéfice et à destination des confessions chrétiennes non catholiques, des religions non chrétiennes, et des organisations internationales agnostiques voire athées, inter-étatiques ou non, qui contribuent à la production et à la diffusion des valeurs du monde présent.

Cette complaisance constitue la composante ou la conséquence dite “pastorale” du déploiement du modernisme, car celui-ci, depuis Jean XXIII, fonctionne presque toujours au moyen d’une espèce de “concordisme”, presque universel, ad extra, dans le cadre de la “culture du refus de l’ennemi” et de la “culture du terrain d’entente” avec tous… sauf avec les catholiques explicitement et opiniâtrement anti-modernistes.

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