« Nous avons reçu du Christ la promesse que les portes de l’enfer ne prévaudraient pas contre Son Église. Et il en sera ainsi. » [1]
Mgr Louis Vezelis.
De nos jours, beaucoup de gens sont persuadés que le « sédévacantisme » – c’est-à-dire la conclusion théologique selon laquelle le Saint-Siège a été usurpé par sept faux papes depuis la mort du pape Pie XII – serait fondamentalement incompatible avec le dogme de l’indéfectibilité de l’Église. Dans ce texte, nous verrons que cette opinion repose essentiellement sur une méconnaissance partielle de la position sédévacantiste.
Objection n°1 :
La position sédévacantiste consiste à interrompre la succession de Pierre.
Réponse :
D’abord, c’est en effet un dogme de foi que la succession de Pierre ne peut pas s‘interrompre.
Pie IX : « Or, cette autorité vivante est infaillible n’existe que dans cette Église que le Christ Notre Seigneur a bâti sur Pierre, chef, prince, pasteur de toute l’Église, et à la foi de qui il a promis de ne jamais défaillir. Aussi, cette Église a toujours eu depuis Pierre des Pontifes légitimes qui se sont succédé sans interruption sur sa chaire, héritiers et défenseurs de sa doctrine, de sa dignité, de son honneur et de sa puissance. » [2]
Pie IX : « Si quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a, et pour toujours, des successeurs dans sa primauté sur l’Église universelle, ou que le pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté, qu’il soit anathème. » [3]
Cependant, la vacance du Saint-Siège – quelle que soit la longueur de sa durée – ne constitue pas une interruption dans la succession de Pierre, puisque l’usurpation du souverain pontificat (ou l’absence temporaire d’un chef visible dans l’Église), n’a jamais empêché nos deux cent soixante papes légitimes d’avoir un véritable successeur (et Pie XII n’échappe pas à cette règle). En réalité, quand l’Église dit que la succession de Pierre ne peut pas être interrompue, elle enseigne simplement que la primauté du Siège de Rome est perpétuelle, c’est-à-dire que le primat est rattaché pour toujours au siège épiscopal de Rome.
Saint Alphonse de Liguori : « Il importe peu que les Papes aient résidé un certain nombre d’années à Avignon, en France ; car la résidence personnelle dans l’Église de Rome n’appartient pas à l’essence de la juridiction pontificale ; et, du reste, pendant la durée du séjour à Avignon, personne d’autre que le Pontife résidant en cette ville n’a été regardé comme le Pontife Romain. En outre, les savants ne sont pas d’accord sur la question de savoir si la primauté universelle de l’Église est attachée de droit humain ou de droit divin à l’épiscopat romain. Quoi qu’il en soit, il est certain que depuis la mort de Saint Pierre, qui fixa son pontificat dans le Siège de Rome, il n’a jamais été et il ne sera jamais permis, pas même à l’Église universelle, d’adjuger la succession de Saint Pierre à un autre Évêque qu’à celui de Rome, en séparant l’autorité épiscopale de cette ville d’avec l’autorité pontificale ; car ce serait là interrompre la succession des Évêques Romains, à l’aide de laquelle les fidèles, guidés par les Saints Pères, ont toujours reconnu la succession de la puissance de Saint Pierre. » [4]
Toutefois, il est important de préciser que les Évêques de Rome sont les successeurs de Pierre dans l’enseignement de la foi.
Saint Alphonse de Liguori : « Enfin, j’ajouterai une réflexion : comme on tire des traditions Apostoliques un argument certain pour combattre victorieusement l’hérésie, et que, d’autre part, il est évident par la tradition des Apôtres que les Évêques de Rome sont les successeurs de Pierre dans l’enseignement de la foi, pourquoi n’oserions-nous pas condamner comme hérétique l’assertion contraire ? Mais je ne veux pas prévenir le jugement de l’Église. Toutefois, voici ce que j’affirme, et je l’affirme avec assurance : ceux-là introduisent la peste et la ruine dans l’Église, [ceux] qui nient que le Pontife Romain soit le successeur de Pierre quant à l’autorité en matière de foi et de doctrine, ou qui affirment que le suprême Pasteur de l’Église, quel qu’il soit d’ailleurs, peut errer dans ses jugements sur la foi. Les hérétiques font l’un et l’autre ; ceux, au contraire, qui leur sont opposés sous ce double rapport, sont considérés comme catholiques dans l’Église. » [5]
En conséquence, une personne qui n’enseigne pas la foi ne peut pas succéder légitimement à Saint Pierre. De ce fait, non seulement Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul I, Jean-Paul II, Benoît XVI, François et Léon XIV ne sont pas les successeurs légitimes de Saint Pierre, mais de plus, celui qui succèdera légitimement à Pie XII enseignera nécessairement la foi.
Objection n°2 :
La positionsédévacantiste consiste à priver l’Église du moyen d’élire un successeur légitime de Saint Pierre.
Réponse :
Comme le montre l’exemple de la déposition de l’antipape Benoît XIII lors du concile de Constance, l’Église aura toujours les moyens de repousser un faux pape pour en élire un vrai à sa place.
Mgr Maur Cappellari (futur Grégoire XVI) : « L’église de Benoît [XIII] ne s’étendant pas hors de l’enceinte de Peniscola, depuis que ses partisans, et, avec eux, les trois cardinaux qui l’avaient élu, s’étaient soustraits à son obéissance. Le concile [de Constance] était donc bien autorisé à croire que ses fauteurs eux-mêmes avaient reconnu l’illégitimité et la nullité de son élévation au Siège Apostolique, et il ne devait pas d’ailleurs coopérer à la prolongation du schisme, en le laissant dans la paisible possession de son prétendu pontificat. Il avait donc, dans cette hypothèse, le droit, c’était même pour lui un devoir, de pourvoir à la tranquillité de l’Église en déposant Benoît ; et l’on ne doit pas en inférer qu’il eût le même droit contre un pape évidemment légitime. En effet, il prononça cette dernière sentence, et il l’exécuta en s’appuyant, non sur sa supériorité au pape, mais sur la supposition bien fondée que Benoît n’était pas pape ; or, la puissance de l’Église, en de pareils cas, est aussi incontestable qu’il est évident que Jésus-Christ, en établissant, pour la sécurité des fidèles, un gouvernement immuable, visible et perpétuel, doit avoir pourvu son Église de tous les moyens qui lui sont nécessaires pour repousser un chef illégitime. Il lui a donc certainement conféré le droit, dans le cas d’un doute fondé et raisonnable sur la légitimité d’un pape, de procéder à l’élection d’un autre, surtout si celui dont la légitimité serait suspecte ne cessait de l’inquiéter en mille manières. Il y aurait donc lieu d’accuser Dieu lui-même de n’avoir pas suffisamment pourvu à son indéfectibilité, s’il ne lui avait pas laissé les facultés nécessaires en de telles circonstances. Or, quelles inquiétudes n’éprouvait pas l’Église de la part de Benoît, qui, par le fait même de sa “papauté”, s’opiniâtrait à attaquer l’article de son symbole, unam, sanctam ! Il fulminait les plus terribles anathèmes contre le concile et les partisans des autres papes, et il avait recours aux moyens les plus hardis et les plus téméraires pour se maintenir sur le trône qu’il occupait illégitimement, prétendant que l’Église de Jésus-Christ avait péri dans toutes les autres parties du monde, qu’elle se trouvait réduite à la seule ville de Peniscola ; ce fut ce qu’il répondit au concile : “L’Église n’est pas là ; c’est à Peniscola, dis-je, qu’est la vraie Église ; c’est ici qu’est l’arche de Noé.” (Cf. Rainal. tom. 16. Conc. Col. 1041). Ainsi l’on pouvait, comme l’observe Ballerini, le regarder comme un schismatique et un hérétique public, et par conséquent, comme déchu par lui-même de la papauté, quand bien même il aurait été validement élevé. » [6]
Dans le cas où un faux pape aurait usurpé le Siège Apostolique et nommé de faux cardinaux, certains théologiens pensent même que le droit d’élire le successeur légitime de Saint Pierre reviendrait à un concile général imparfait composé de plusieurs évêques. [7]
Mgr Adolfo Zamora Hernandez : « Ils n’ont pas non plus pensé, dis-je, à la solution proposée par Saint Robert Bellarmin à propos du concile imparfait, pour sauver le chef de l’Église, c’est-à-dire obtenir le successeur désiré de Saint Pierre, par les moyens les plus humainement possibles. Il est clair aussi qu’il est difficile de réunir l’élément humain nécessaire à un tel concile, c’est-à-dire : des évêques électeurs, au lieu des cardinaux (tous désormais plongés dans le progressisme). » [8]
Saint Robert Bellarmin : « Les catholiques eux-mêmes ont coutume d’exprimer quelques doutes. Le premier : Est-il permis à quelqu’un d’autre que le pape de convoquer un concile, quand le pape ne veut pas le faire, et quand la chose s’impose pour le bien général de l’Église ? Le deuxième : Quand le “pape” est hérétique ou schismatique, et qu’en tant que tel, il ne peut ni ne doit convoquer un concile, quelqu’un peut-il le faire à sa place ? Le troisième : Y a-t-il quelqu’un capable de convoquer un concile, si le pape est empêché de le faire parce qu’il a été capturé par les infidèles, qu’il est décédé, est devenu fou, ou a abdiqué ? […] Je réponds à la deuxième et à la troisième question qu’il n’est possible, en aucun cas, de convoquer, sans l’autorisation du pontife suprême, un concile véritable et parfait, qui ait l’autorité de définir des choses de foi. Car, l’autorité principale est dans la tête, dans Pierre, à qui il a été commandé de confirmer ses frères, et pour qui le Seigneur a prié afin que sa foi ne défaille pas. Dans ces deux cas, un concile imparfait peut être convoqué pour fournir une tête à l’Église. Car, l’Église a, sans aucun doute, le pouvoir voulu de se procurer une tête, même si sans tête, elle ne peut pas statuer sur beaucoup de choses sur lesquelles elle peut se prononcer en agissant avec sa tête, comme l’enseigne doctement Cajetan dans un opuscule sur le pouvoir du pape (chapitres 15 et 16), et bien avant lui, les presbytres de l’église romaine dans la lettre à Cyprien (qui est la septième dans le livre 2 des œuvres de Cyprien). Un concile imparfait pourra avoir lieu s’il est entrepris par le collège des cardinaux, ou si les évêques se rassemblent entre eux dans un endroit. » [9]
Par ailleurs, nous savons aussi que – le 10 janvier 236, à Rome – Dieu est intervenu de façon miraculeuse pour désigner le pape Saint Fabien avant même que les évêques procèdent au vote. Or, puisque « rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1 ; 37), nous n’excluons pas la possibilité d’une intervention divine pour l’élection d’un successeur légitime de Saint Pierre.
Eusèbe de Césarée : « On rapporte qu’après le martyre d’Antéros, Fabien revenait de la campagne avec quelques amis, lorsqu’il fut soudain, et par une merveilleuse disposition de la grâce divine, appelé inopinément à la tête du clergé. Fabien entra dans l’église où étaient réunis tous les frères pour procéder à l’élection. Nul ne songeait à l’élire. Plusieurs se préoccupaient de donner leurs suffrages à quelques nobles et illustres personnages. Tout à coup une colombe, descendue par un des lucernaires, vint se reposer sur sa tête. Elle semblait rappeler celle dont l’Esprit Saint avait revêtu la forme pour descendre sur le Sauveur, aux rives du Jourdain. L’assemblée, émue à ce spectacle et manifestement inspirée par l’Esprit de Dieu, poussa dans un transport d’allégresse l’acclamation unanime : Il est digne ! Il est digne ! Malgré la résistance de Fabien, on l’entoura et on le fit asseoir sur le trône pontifical. » [10]
Notons en outre qu’Anna-Maria Taïgi (béatifiée par Benoît XV le 30 mai 1920) et Élisabeth Canori Mora (nommée Vénérable par Pie IX le 26 février 1874) croyaient toutes les deux que l’élection d’un pape pouvait se réaliser d’une manière extraordinaire. D’après elles, il n’est pas strictement impossible que Dieu puisse détruire les ennemis de l’Église et permettre à Saint Pierre de redescendre sur terre pour désigner un pape. Une intervention divine de ce type serait ainsi comparable à d’autres évènements historiques rapportés dans les Saintes Écritures. À titre d’exemple, nous savons qu’au VIIIème siècle avant Jésus-Christ, durant le règne d’Ezéchias, Dieu envoya un ange pour exterminer un grand nombre d’Assyriens : « Il arriva donc en cette nuit-là qu’il vint un ange du Seigneur, et qu’il tua dans le camp des Assyriens cent quatre-vingt mille hommes. » (4 Rois 20 ; 35). Dès lors, il n’est donc pas inconcevable que les modernistes puissent subir le même sort que les Assyriens (ce qui faciliterait l’élection d’un véritable pape). Nous allons retranscrire ci-dessous les deux témoignages de ces pieuses femmes afin que chacun puisse se faire son propre avis…
Bienheureuse Anna-Maria Taïgi : « Tous les ennemis de l’Église, cachés ou apparents, périront pendant les ténèbres, à l’exception de quelques-uns que Dieu convertira bientôt après. L’air sera alors empesté par les démons, qui apparaîtront sous toutes sortes de formes hideuses. Les cierges bénits préserveront de mort, ainsi que les prières à la Très-Sainte Vierge et aux Saints Anges. Après les ténèbres, Saint Pierre et Saint Paul, descendus des Cieux, prêcheront dans tout l’univers, et désigneront le Pape, successeur de Pie IX, Lumen de cœlo. Une grande lumière, jaillissant de leurs personnes, ira se reposer sur le Cardinal, futur Pape. Saint Michel Archange, paraissant alors sur la terre sous forme humaine, tiendra le démon enchaîné jusqu’à l’époque de la prédication de l’Antéchrist. En ce temps-là, la Religion étendra partout son empire. Unus pastor. Les Russes seront convertis, ainsi que l’Angleterre et la Chine, et le peuple sera dans la jubilation en contemplant ce triomphe éclatant de l’Église. Après les ténèbres, la Santa-Casa de Lorette sera transportée par les Anges à Rome, dans l’église de Sainte-Marie-Majeure. » [11]
Vénérable Élisabeth Canori Mora : « Quand la justice divine fut apaisée par l’effusion de tant de sang et la destruction des impies, les nuages qui obscurcissaient les cieux se dispersèrent, et un doux rayon de lumière annonça à la terre la réconciliation de Dieu avec les hommes. L’Apôtre Saint Paul parut avec plein de force et de puissance ; il prit les démons, les chargea de chaînes et les conduisit aux pieds du prince des Apôtres. Saint Pierre détenait le pouvoir souverain de les juger : il les condamna à être précipités dans l’abîme, et la sentence fut aussitôt exécutée. Afin de célébrer cette glorieuse victoire, les Anges se sont mêlés aux Fidèles qui n’avaient pas failli pendant le procès, et les ont conduits aux pieds de Saint Pierre, qui reçut leurs hommages et leurs remerciements, assis sur un trône majestueux. Il [Saint Pierre] choisit lui-même le nouveau Pontife qui devait réorganiser l’Église. Les ordres religieux ont été rétablis, les Fidèles s’enflammèrent d’une ferveur nouvelle, l’Église a retrouvé sa beauté primitive, et le Souverain Pontife était reconnu dans tous les pays du monde comme le Vicaire de Jésus-Christ. » [12]
Objection n°3 :
La position sédévacantiste consiste à croire des fausses prophéties hétérodoxes.
Réponse :
Bien que les révélations privées n’obligent pas à l’assentiment de foi divine, l’Église enseigne qu’elles peuvent être considérées comme probables et dignes d’une pieuse croyance.
Mgr Prospero Lorenzo Lambertini (futur Benoît XIV) : « Il faut bien savoir que cette approbation n’est rien d’autre qu’une permission, par laquelle ces révélations peuvent être publiées pour l’instruction et l’utilité des fidèles, après un examen sérieux. À des révélations ainsi approuvées, il n’est pas dû un assentiment de foi catholique, et l’on ne peut pas donner un tel assentiment ; cependant, il est dû un assentiment de foi humaine, selon ce que commandent les règles de la prudence, conformément auxquelles de telles révélations sont probables et dignes d’une pieuse croyance. […] Il s’ensuit donc que l‘on peut, étant sauve et intègre la foi catholique, ne pas donner son assentiment à ces révélations et s’en détourner, pourvu que cela se fasse avec la réserve due, non sans quelque raison, et en évitant de témoigner du mépris. » [13]
Objection n°4 :
La position sédévacantiste consiste à vouloir que Dieu crée une nouvelle Église.
Réponse :
D’abord, les catholiques qui défendent la position sédévacantiste n’ont jamais prétendu espérer la création d’une nouvelle Église. Cette position théologique est uniquement fondée sur l’espérance que l’Église connaîtra un « triomphe éclatant » et qu’Elle retrouvera un jour « sa beauté primitive ». Comme le montre l’élection du pape Saint Fabien au IIIème siècle, l’Église ne change pas, quelle que soit la manière dont le pape est élu.
Abbé Alfred Vacant : « Le mode d’élection à la papauté n’est pas fixé par le droit divin. Le premier pape, Saint Pierre, fut choisi par le fondateur même de l’Église ; mais on ne trouve ensuite, ni dans l’Écriture Sainte, ni dans la Tradition, aucune prescription de Notre Seigneur à cet égard. D’ailleurs, si Jésus-Christ en avait précisé lui-même la forme, elle n’aurait pas varié à travers les siècles, comme on le constate. » [14]
Ensuite, rappelons que même le rédacteur de la thèse de Cassiciacum n’était pas foncièrement hostile à l’idée d’une élection pontificale extraordinaire se produisant en dehors du processus canonique. Bien que cet évêque français fût personnellement convaincu que le sauvetage de l’Église passerait par la conversion des évêques en communion avec Jean-Paul II, loin d’exclure l’hypothèse d’une intervention divine miraculeuse pour la provision du Siège Apostolique, celui-ci la considérait comme une éventuelle possibilité.
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers :« Le Siège est donc vacant. Et il revient aux susdits évêques, non [pas] du tout de “destituer le pape”, mais de déclarer le Siège vacant et de réunir le conclave qui doit en assurer la provision. Ce processus ne peut être réalité, que s’il existe, dans l’Église (puisque l’Église ne peut se réformer que du dedans), des évêques remplissant la double condition propre à l’état épiscopal, à savoir : 1) participer à la Sessio, c’est-à-dire être évêque résidentiel (fût-ce “in partibus infidelium”) ; 2) exercer la Missio dans le Saint-Esprit, et donc conformément à la Doctrina Fidei. Or, existe-t-il, actuellement [en février 1986], soit dans l’Église occupée, soit même virtuellement dans l’“église wojtylienne”, un évêque (un seul !) satisfaisant aux dites conditions ? […] Canoniquement, il n’y a pas d’autre processus que celui ci-dessus décrit. Mais Dieu peut intervenir autrement, par un miracle qui serait, pour tous, évident ; on doit donc ne rien exclure à priori, mais on doit exclure le jeu de l’imagination, et l’enfièvrement morbide dont s’accompagne trop souvent le recourt aux prophéties. » [15]
Or, les textes que nous avons exposés (dans la réponse à l’objection n°1) ne reposent ni sur un « enfièvrement morbide », ni sur « le jeu de l’imagination », mais sur les témoignages de personnes dignes de foi. Du reste, ce célèbre théologien Dominicain croyait également que seul Dieu pouvait sauver l’Église (même s’il admettait humblement qu’il ne savait pas comment).
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Certains me prêtent l’intention de vouloir “sauver l’Église”. Je refuse au contraire de m’associer avec ceux qui professent ce propos “in directo”. Car Dieu seul, Jésus seul sauvera son Église dans le Triomphe de Sa Mère. De ce fait, je suis certain. Je n’ai pas à savoir le “comment”. » [16]
Dès lors, il n’y a aucune raison de croire qu’une intervention divine dans l’élection d’un pape aboutirait nécessairement à la création d’une nouvelle Église.
Objection n°5 :
La position sédévacantiste consiste à croire que la Révélation ne serait pas close après la mort des Apôtres et à attendre une nouvelle révélation publique.
Réponse :
L’Église condamne en effet la théorie selon laquelle la Révélation n’a pas été complète avec les Apôtres.
Décret du Saint-Office Lamentabili sane exitu (3 juillet 1907), proposition n°21 : « La Révélation qui constitue l’objet de notre foi n’a pas été complète avec les Apôtres. [Censure :] Sa Sainteté [le pape Saint Pie X] a approuvé et confirmé le Décret des Éminentissimes Pères, et ordonné que toutes et chacune des propositions ci-dessus soient tenues par tous comme réprouvées et proscrites. »
Néanmoins, la position sédévacantiste ne repose pas sur l’attente d’une nouvelle révélation publique, mais sur l’espoir de l’accomplissement d’un « miracle qui serait, pour tous, évident » (pour paraphraser Mgr Guérard des Lauriers). Pour prendre un exemple concret afin d’illustrer notre propos : l’élection du pape Saint Fabien n’a jamais constitué une nouvelle révélation publique.
Objection n°6 :
La position sédévacantiste consiste à croire que l’Église ne serait pas une société parfaite.
Réponse :
Les papes nous apprennent que la perfection de la société de l’Église n’a pas de rapport direct avec le mode d’élection à la papauté. Quand on dit que l’Église est une société parfaite, cela signifie entre autres que les ressources nécessaires à son action ne dépendent pas du pouvoir civil et qu’elle a en elle-même tous les moyens d’atteindre sa fin…
Pie IX, Syllabus sur les principales erreurs de notre temps (8 décembre 1864), § IV, proposition n°19 : « L’Église n’est pas une société vraie et parfaite, pleinement libre, et elle ne jouit pas de ses droits propres et constants qui lui ont été conférés par son divin fondateur, mais il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l’Église et les limites au sein desquelles elle peut exercer ces droits. » (Proposition condamnée).
Léon XIII : « Bien que composée d’hommes comme la société civile, cette société de l’Église, soit pour la fin qui lui est assignée, soit pour les moyens qui lui servent à l’atteindre, est surnaturelle et spirituelle. Elle se distingue donc et diffère de la société civile. En outre, et ceci est de la plus grande importance, Elle [l’Église] constitue une société juridiquement parfaite en son genre, parce que, de l’expresse volonté et par la grâce de son Fondateur, elle possède en soi et par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son action. […] De même, il faut admettre que l’Église, non moins que l’État, de sa nature et de plein droit, est une société parfaite ; que les dépositaires du pouvoir ne doivent pas prétendre asservir et subjuguer l’Église, ni diminuer sa liberté d’action dans sa sphère, ni lui enlever n’importe lequel des droits qui lui ont été conférés par Jésus-Christ. » [17]
Pie XII : « L’Église, qui doit être regardée comme une société parfaite en son genre, n’est pas seulement composée d’éléments et de principes sociaux et juridiques. Elle surpasse, et de beaucoup, toutes les autres communautés humaines ; elle leur est supérieure autant que la grâce surpasse la nature, et que les réalités immortelles l’emportent sur toutes les réalités périssables. Les communautés de cette sorte, surtout la société civile, ne doivent pas être méprisées, certes, ni traitées comme des choses de peu de valeur ; cependant, l’Église ne se trouve pas tout entière dans des réalités de cet ordre, pas plus que l’homme ne consiste tout entier dans l’organisme de notre corps mortel. » [18]
Objection n°7 :
La position sédévacantiste consiste à détruire l’Apostolicité de l’Église.
Réponse :
D’après le catéchisme de Saint Pie X : « L’Église est apostolique parce qu’elle est fondée sur les Apôtres et sur leur prédication, et gouvernée par leurs successeurs, les Pasteurs légitimes qui, sans interruption et sans altération, continuent de transmettre et la doctrine et le pouvoir. » [19]
Or, sachant que les évêques sont les successeurs des Apôtres (comme le rappelle Léon XIII), [20] et qu’aucun sédévacantiste ne prétend que l’épiscopat aurait complètement disparu de la surface de la terre, il n’y a donc aucune raison de penser que la position sédévacantiste détruirait l’Apostolicité de l’Église. Et pour cause, car les sédévacantistes sont évidemment convaincus que leurs évêques continuent, encore aujourd’hui, de transmettre la doctrine et le pouvoir (perpétuant ainsi la succession apostolique de manière formelle). La succession des évêques catholiques d’aujourd’hui est bien une succession formelle et non purement matérielle malgré l’absence de juridiction territoriale.
Cardinal Louis Billot : « On se demandera alors à juste titre comment apparaît cette apostolicité de la fonction ministérielle. La réponse n’est pas bien loin : l’apostolicité de fonction apparaît lorsqu’on constate que, depuis les apôtres, les pasteurs se succèdent toujours les uns aux autres, sans aucune interruption. […] Il est bien facile de comprendre le bien-fondé de ce critère : la hiérarchie apostolique se compose d’hommes mortels alors que le Christ l’a voulue perpétuelle ; la succession apostolique reste donc le seul moyen pour en assurer la perpétuité, succession moyennant laquelle de nouveaux prélats doivent être établis à la place de leurs défunts prédécesseurs, pour constituer toujours la même personne juridique qu’eux. On remarque bien que nous parlons ici d’une succession formelle par opposition à une succession purement matérielle, qui resterait compatible avec l’absence d’apostolicité. » [21]
Objection n°8 :
La position sédévacantiste consiste à croire que l’ensemble des clercs auraient apostasié après Vatican II et que, par conséquent, l’Église visible aurait disparu.
Réponse :
Aucun sédévacantiste ne soutient cette opinion. Et même si la plupart des clercs ont effectivement apostasié après 1965, il existe pourtant une liste (non exhaustive) de prêtres et d’évêques catholiques qui, pour des raisons d’ignorance invincible, n’ont pas réussi à comprendre que le Saint-Siège a été usurpé après la mort de Pie XII en 1958 (sans pour autant adhérer au modernisme). [22] Ce fut par exemple le cas du Padre Pio, du Père Réginald Garrigou-Lagrange, de l’Abbé Julio Meinvielle, du Père Roger-Thomas Calmel, de l’Abbé Victor-Alain Berto, du Chanoine Raoul Naz, de l’Abbé Louis Coache, de Mgr Joseph Clifford Fenton, de Mgr Arrigo Pintonello, de Mgr José Mauricio Da Rocha, de Mgr Blasius Sigebald Kurz, de Mgr Marcel Lefebvre, de Mgr Antonio de Castro Mayer, et de bien d’autres encore…
Mgr Moïsés Carmona Rivera : « Trois choses caractérisent notre situation actuelle : 1) Depuis la mort de Pie XII, nous n’avons eu que des imposteurs, ce qui signifie que depuis plus de vingt ans, le Saint-Siège est vacant. 2) Presque tout l’épiscopat s’est lancé dans une nouvelle religion, et a donc apostasié de la vraie Foi, renonçant à l’Église éternelle. 3) La véritable soif des fidèles de la parole de Dieu qui ne leur est plus prêchée, et leur demande de l’administration des sacrements catholiques. » [23]
Ainsi, les clercs victimes d’une ignorance invincible peuvent appartenir à l’âme de l’Église.
Mgr Jean-Joseph Gaume : « On appartient à l’âme de l’Église sans appartenir à son corps lorsqu’on se trouve excusé devant Dieu, par la bonne foi ou par une ignorance invincible, d’être et de persévérer dans une société étrangère à l’Église. Dans cet état, on peut parvenir au salut par une véritable charité, par un désir sincère de connaître la volonté de Dieu et par la pratique fidèle de tous les devoirs, qu’on connaît ou qu’on a pu et dû connaître. » [24]
Notons qu’au milieu des années 1980 – après la mort de Mgr Pierre-Martin Ngô Đình Thuc – l’Église comptait déjà au moins une dizaine d’évêques, à savoir : Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers, Mgr Moïsés Carmona Rivera, Mgr Adolfo Zamora Hernandez, Mgr Benigno Bravo Valades, Mgr José Jésus Roberto Martinez Gutierrez, Mgr Louis Vezelis, Mgr Georges Musey, Mgr Günter Storck, Mgr Robert Fidelis Mckenna, et Mgr Vida Elmer. À cette époque, nous pouvions déjà présumer que les seuls évêques dont nous étions sûrs qu’ils étaient réellement catholiques étaient ceux qui professaient la vacance du Saint-Siège.
Mgr Adolfo Zamora Hernandez : « Avec Mgr [Guérard] des Lauriers, nous sommes neuf évêques. C’est une petite hiérarchie, mais pas si petite que cela, car avec les quelques quatre millions de laïcs dans de nombreux pays, nous formons l’Église catholique, apostolique et romaine de vingt siècles. » [25]
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Or, actuellement, les seuls Évêques dont on est assuré qu’ils font partie de l’Église militante (le Corps mystique du Christ, subsistant sur terre) sont ceux qui “procèdent” de Mgr Ngô-Dinh-Thuc : ils sont en effet unanimes (à l’encontre de Mgr Lefebvre, et de Mgr de Castro-Mayer) à affirmer la vacance au moins formelle du Siège apostolique. » [26]
À l’heure actuelle, depuis la mort de Mgr Andrés Morello et de Mgr Daniel Lytle Dolan, nous avons probablement vingt-deux évêques catholiques, dont notamment : Mgr Mark Anthony Pivarunas, Mgr Martin Davila Gandara, Mgr Pio Espina, Mgr Julian Espina, Mgr Giles Butler, Mgr Luis Alberto Madrigal, Mgr Merardo Loya, Mgr Raphaël Cloquell, Mgr Thomas Huber, Mgr Markus Ramolla, Mgr José Antonio Rodriguez López, Mgr Héctor Moreno, Mgr Rodrigo Da Silva, Mgr Charles McGuire, Mgr Bede Nkamuke, Mgr Pierre Roy, Mgr Fernando Altamira, Mgr Donald Sanborn, Mgr Robert Neville, Mgr Joseph Selway, Mgr Geert Stuyver, et Mgr German Fliess. Tous ces évêques font partie intégrante de la hiérarchie légitime.
Père Vili Lehtoranta : « Ainsi, la réponse à la question “où se trouve la hiérarchie ?” est qu’elle se trouve dans les évêques catholiques traditionnels, qui ont été validement et légalement consacrés. » [27]
Objection n°9 :
La position sédévacantiste consiste à croire qu’une secte non-catholique aurait détruit et remplacé la véritable Église, ce qui, encore une fois, revient à dire que cette dernière aurait disparu.
Réponse :
D’après le chanoine Raoul Naz : « Ce mot [sectes] désigne les sociétés ou groupements dont l’activité s’exerce contre l’Église ou contre la société civile. » [28]
Or, puisque l’activité de la société à laquelle appartiennent les partisans de Vatican II s’exerce principalement contre l’Église, dès lors, pourquoi s’interdire de la désigner comme une secte ?
Saint Pie X : « Aucun évêque n’ignore, croyons-Nous, qu’une race très pernicieuse d’hommes, les modernistes, même après que l’Encyclique Pascendi Dominici Gregis eut levé le masque dont ils se couvraient, n’ont pas abandonné leurs desseins de troubler la paix de l’Église. Ils n’ont pas cessé, en effet, de rechercher et de grouper en une association secrète de nouveaux adeptes, et d’inoculer avec eux, dans les veines de la société chrétienne, le poison de leurs opinions, par la publication de livres et de brochures dont ils taisent ou dissimulent les noms des auteurs. » [29]
Du reste – comme nous l’avons déjà montré dans la réponse à l’objection n°8 – l’existence de cette secte n’entraîne pas automatiquement la disparition de la véritable Église. D’autant plus que celle-ci réside uniquement chez les pasteurs qui résistent aux innovations.
Mgr Maur Cappellari (futur Grégoire XVI) : « La partie des pasteurs, qui au milieu des contradictions les plus adroites, des prétentions les moins fondées, des usurpations les plus illégitimes, […] opposerait une résistance invincible et seule échapperait à la séduction, ce clergé, dis-je, composerait exclusivement la véritable Église, et aurait par conséquent les notes et les qualités de la véritable Église. […] L’Église doit toujours subsister telle que Jésus-Christ l’a établie, et par conséquent maintenir toujours et malgré toutes les attaques la forme essentielle de son gouvernement, mais cette perpétuité ne se rencontre plus dans la partie des pasteurs qui ne résistent pas aux innovations, donc il ne faut la chercher que dans la partie qui les repousse, celle-là seule sera donc la véritable Église. » [30]
D’ailleurs, si l’Église catholique et la fausse église née lors du conciliabule de Vatican II n’étaient pas deux sociétés étrangères l’une à l’autre, alors comment ne pas en déduire que l’Église pourrait enseigner l’hérésie ? Et si l’Église catholique était strictement identique à cette secte moderniste, alors comment ne pas en conclure que l’Église aurait failli ?
De nos jours – y compris dans le milieu sédévacantiste – certains catholiques ont peur de regarder la réalité en face. Mais si les partisans de Vatican II ont voulu imposer une nouvelle religion à l’Église, alors cela signifie logiquement qu’ils ont constitué une nouvelle église (qui n’est pas celle que Notre Seigneur Jésus-Christ a fondée).
Dans la déclaration d’Acapulco publiée le 26 mai 1983, Mgr Thuc (en compagnie de cinq évêques) a dénoncé « les changements fatidiques qui ont donné naissance à une nouvelle église, et par conséquent, à une nouvelle religion. » [31] (Sic).
Dans une lettre en réponse à un article du périodique En marcha, Mgr Moïsés Carmona Rivera notera aussi la chose suivante : « Celui qui est à la tête de la nouvelle église, noyée dans le modernisme – l’égout pestilentiel de toutes les hérésies – peut-il validement excommunier ceux qui ont rejeté cette église comme fausse ? Les excommuniés ne sont-ils pas ceux qui ont inventé une nouvelle religion et rejeté dix-neuf siècles de saintes traditions ? » [32]
Le 24 févier 1987, dans une lettre à Mgr Luis Aníbal Rodríguez Pardo, Mgr Carmona écrira également ce qui suit : « Mon nom n’est pas et ne sera jamais sur la liste ignominieuse des évêques renégats qui brûlent maintenant ce qu’ils ont adoré, et adorent ce qu’ils ont brûlé. Dans la liste des évêques authentiques et légitimes, ne figurent pas les noms de tous ces évêques déserteurs parmi lesquels vous êtes, et les fidèles doivent comprendre cette vérité indéniable : Vous n’êtes plus évêques de l’Église Catholique, mais de la nouvelle église qui est l’église de l’Apostasie. […] Je continue donc à être en communion avec la véritable Église, et ceux qui ne sont pas en communion avec elle sont des déserteurs qui, parce qu’ils sont devenus hérétiques, se sont retirés d’elle pour ne pas perdre leur position, formant ainsi une nouvelle église que je déteste de toute mon âme. […] Que tout le monde sache que je ne suis pas en communion avec cette nouvelle église, inspirée non par l’Esprit-Saint, mais par l’esprit de Montini, et qui, à Vatican II, a donné naissance aux “évêques conciliaires”. Cette église n’est pas l’Église catholique, car c’est précisément cette hiérarchie apostate qui, en trahissant le Christ et son Église, trahit aussi les fidèles, les conduisant à l’apostasie universelle. Cette église n’est pas l’Église du Christ, mais l’église de l’Antéchrist. » [33]
En outre, dans une lettre au chanoine Justino Salmeron datée du 8 juillet 1990, cet évêque Mexicain précisera ceci : « Je resterai donc pour toujours avec l’Église des deux cent soixante successeurs légitimes de Saint Pierre, avec l’Église des grands concile œcuméniques, avec l’Église qui, comme son divin fondateur, est immuable, perpétuelle et indéfectible, et qui doit subsister comme le Christ l’a fondée, sans céder à sa mission surnaturelle et sans interruption jusqu’à la fin du monde. Je déteste de toute mon âme cette fausse église qui conduit les fidèles à l’apostasie sans qu’ils ne s’en rendent compte. » [34]
En conséquence, nous devons considérer la société du Novus Ordo pour ce qu’elle est, à savoir : une fausse église (c’est-à-dire : UNE SECTE).
Mgr Donald Sanborn : « Déclarez la guerre une fois pour toutes à ceux qui ont détruit notre foi. Dénoncez-les comme hérétiques et adoptez la position catholique considérant que ne peuvent avoir reçu du Christ la mission de diriger l’Église ceux qui imposent à l’Église une foi différente. La première mission de l’Église catholique, avant toute autre, est de témoigner de la vérité. Notre Seigneur a dit : “C’est pour cela que je suis né, et c’est pour cela que je suis venu en ce monde, pour témoigner de la vérité”. Si Vatican II n’est pas la vérité, et vous savez qu’il ne l’est pas, celui qui l’enseigne comme vrai à l’Eglise ne peut avoir reçu du Christ la mission d’enseigner la vérité. Cessez de vous emparer des jeunes de l’Église qui se présentent à vous pour être instruits et d’en faire les apôtres d’une impossible théologie qui les amène à embrasser le Novus Ordo. Cessez d’être la Gelboé de l’Église dans son combat contre les Philistins. Soyez plutôt David contre l’église des Philistins. Prenez une position catholique contre les ennemis de l’Église, une position claire, droite, simple. Dénoncez l’ennemi comme ennemi, et armés non pas de diplomatie humaine mais de force divine, abattez le Goliath du Novus Ordo. » [35]
Objection n°10 :
La position sédévacantiste mène à l’allégeance à Pierre III (l’actuel dirigeant de la secte de Palmar de Troya) lequel prétend être l’un des successeurs de Grégoire XVII (qui disait avoir été élu directement par Jésus-Christ).
Réponse :
Grégoire XVII (alias Clémenté Dominguez) a voulu transférer le souverain pontificat en dehors de Rome – en l’occurrence ici : à Palmar de Troya, en Espagne – ce que l’Église n’a jamais autorisé (voir la réponse à l’objection n°3).
Si l’on ajoute à cela que l’église Palmarienne considère Jean XXIII et Paul VI comme des saints, [36] les sédévacantistes n’ont alors aucune raison de rejoindre cette secte. D’ailleurs, sachant qu’il y a plus de quarante ans, les évêques sédévacantistes ont tous refusé de faire allégeance à Grégoire XVII, on ne voit donc pas pour quelle raison ils feraient aujourd’hui allégeance à Pierre III.
En effet, le 19 décembre 1981, Mgr Thuc a déclaré : « J’atteste avoir fait des ordinations à Palmar en toute lucidité. Je n’ai plus de relations avec Palmar depuis que leur chef se proclame “pape”. Je désapprouve tout ce qu’ils font. » [37]
De plus, le 29 avril 1983, dans une lettre au prétendu archevêque d’Hermosillo (Mgr Carlos Quintero Arce), Mgr Carmona expliquait ceci : « Il est vrai qu’il [Mgr Thuc] ordonna et consacra Clemente Domingez, qui lui refusa plus tard son obéissance en se proclamant pape ; mais il condamna aussitôt toutes les aberrations de Palmar. Clemente Dominguez n’avait rien à voir avec nos consécrations… » [38]
De même, le 12 avril 1985, dans une lettre adressée à un laïc, Mgr Zamora écrivait la chose suivante : « Je le répète, les “hiérarques” progressistes n’ont aucune juridiction sur le clergé et les laïcs catholiques, pas même sur les schismatiques de Palmar de Troya qui furent des sujets de Mgr Thuc avant de prendre leur indépendance vis-à-vis de lui. Ils étaient de vrais schismatiques, mais pas des progressistes. En disant cela, je ne défends pas ces schismatiques, car ce sont des criminels envers l’autorité légitime de Mgr Thuc… » [39]
Enfin, dans un article publié en février 1986, Mgr Guérard des Lauriers ajoutait ceci : « Il est dommage que Mgr Thuc se soit laissé passagèrement circonvenir sur ce point, alors qu’il a fort lucidement rompu avec Palmar, à partir du 6 août 1978, date à laquelle Clemente [Dominguez] s’est cru pape. Mgr Thuc, ensuite, s’est ressaisi. » [40]
En conclusion, même si la conversion de Léon XIV ou de ses électeurs nous semble aussi improbable que celle de son éventuel successeur, nous croyons toujours en l’indéfectibilité de l’Église. Évidemment, nous ne refusons pas de croire qu’à travers le mystère de la prédestination, la divine providence puisse permettre à certains membres de la secte moderniste de devenir réellement catholiques. Mais la triste réalité nous oblige à admettre que la plupart des modernistes ne se convertiront jamais. « Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » (Matthieu 22 ; 14).
Pour finir, nous tenons à rappeler que – l’Église jouissant d’une assistance divine – Dieu n’a pas nécessairement besoin des modernistes pour mettre un terme à la passion dont elle souffre. [41] Passion qui fut d’ailleurs si bien décrite par le pape Pie XI [42]…
Enfin, sachant que les modernistes ne sont pas de véritables membres de l’Église [43] et qu’ils sont ses pires ennemis [44] – comme nous l’a appris le pape Saint Pie X – pourquoi devrions-nous absolument compter sur eux pour rétablir l’ordre en son sein ?
Notes:
[1] Einsicht. Credo ut intelligam, n°2, mai 1992, p. 40
[2] Encyclique Qui Pluribus (9 novembre 1846).
[3] 4ème session du concile du Vatican (18 juillet 1870), Constitution dogmatique Pastor Æternus, Chapitre 2.
[4] Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, Vérité de la Foi. De la vraie Église contre les sectaires. Évidence de la foi catholique. éd. H. Casterman (1867), Partie III, Chapitre VIII, § IV, p. 160-161
[5] Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, Vérité de la Foi. De la vraie Église contre les sectaires. Évidence de la foi catholique. éd. H. Casterman (1867), Partie III, Chapitre X, p. 299-300
[6] Triomphe du Saint-Siège et de l’Église, ou les novateurs modernes combattus par leurs propres armes. éd. M. P Rusand (1833), p. 116-118
[7] Notons ici que le droit de siéger dans un concile n’appartient pas exclusivement aux évêques diocésains (ou résidentiels), mais aussi aux évêques titulaires (qui ne sont rattachés à aucun diocèse). En effet, comme le rappelait Mgr Maur Cappellari : « Dès le quatrième siècle, l’on été en usage d’ordonner des évêques ad honorem ; tels furent, au rapport de Sozomène, les trois évêques Barsès, Eulogius, et Lazzare, qui furent sacrés évêques sans être chargés de l’administration d’aucun diocèse, quoiqu’ils eussent le caractère épiscopal et pussent en cette qualité siéger dans un concile. » (Cf. Triomphe du Saint-Siège et de l’Église, ou les novateurs modernes combattus par leurs propres armes. éd. M. P Rusand, 1833, p. 146).
[8] https://fundacionsanvicenteferrer.blogspot.com/2010/09/carta-de-mons-adolfo-zamora-hernandez.html
[9] Les controverses de la foi chrétienne contre les hérétiques de ce Temps. Tome II, 4ème controverse, Livre I, Chapitre 14.
[10] Histoire ecclésiastique, Livre VI, Chapitre XXIX. Cité dans : Histoire générale de l’Église depuis la création jusqu’à nos jours. Par l’Abbé J. E Darras. Tome VIII, éd. Louis Vivès (1869), p. 116
[11] Révérend-Père Calixte : La Vénérable Anna-Maria Taïgi et la Servante de Dieu Élisabeth Canori Mora. éd. Victor Sarlit (1872), p. 243
[12] Mary Élisabeth Herbert: Life of the Venerable Elisabeth Canori Mora. éd. R. Washbourne, (1878), Chapitre XIV, p. 137-139
[13] De servorum Dei beaticatione et beatorum canonizatione, Livre II, Chapitre 32, § n°11 et Chapitre 53, § n°15
[14] Dictionnaire de théologie catholique, contenant l’exposé des doctrines de la théologie catholique, leurs preuves et leur histoire. éd. Letouzey et Ané (1901).
[15] https://www.sodalitium.eu/consacrer-des-eveques%E2%80%82/
[16] https://www.sodalitium.eu/interview-de-monseigneur-guerard-lauriers/
[17] Encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885).
[18] Encyclique Mystici Corporis Christi (29 juin 1943).
[19] Catéchisme de la doctrine chrétienne publié par ordre de S.S le pape Pie X (1912), Ière Partie, Chapitre VI, p. 31
[20] Encyclique Satis Cognitum (29 juin 1896) : « Les évêques, en leur qualité de successeurs des apôtres, sont les héritiers du pouvoir ordinaire des Apôtres, de tel sorte que l’ordre épiscopal fait nécessairement partie de la constitution intime de l’Église. »
[21] L’Église, sa divine constitution et ses notes. Tome I, éd. Courrier de Rome, Question 6, Partie I, § n°364, p. 306-307
[22] Notons qu’après 1965, il y a quand-même eu quelques prêtres qui ont parfaitement compris l’effroyable imposture que représente la secte moderniste né lors du faux concile de Vatican II. Parmi eux, nous pouvons notamment citer : le Révérend-Père Joaquin Saenz y Arriaga, l’Abbé Otto Katzer et le Père Noël Barbara (bien que ce dernier pensait à tort que Jean XXIII était un vrai pape).
[23] Lettre à Monsieur Alvaro Ramirez Arandigoyen (18 mai 1982).
[24] Catéchisme de persévérance, ou exposé historique, dogmatique, moral, liturgique, apologétique, philosophique et social de la religion, depuis l’origine du monde jusqu’à nos jours. Tome III, éd. Gaume & Cie (1889), p. 395
[25] https://fundacionsanvicenteferrer.blogspot.com/2010/09/carta-de-mons-adolfo-zamora-hernandez.html
[26] https://www.sodalitium.eu/interview-de-monseigneur-guerard-lauriers/
[27] https://www.fatherlehtoranta.com/post/totalism-vs-the-cassiciacum-thesis
[28] Dictionnaire de droit canonique : conditions, droits acquis. éd. Letouzey et Ané (1949).
[29] Motu proprio Sacrorum antistitum (1er septembre 1910).
[30] Triomphe du Saint-Siège et de l’Église ou les novateurs modernes combattus par leurs propres armes. éd. M. P Rusand (1833), p. 34-35
[31] https://www.contre-revolution.fr/declaration-acapulco-vacance-du-siege-mgr-thuc/
[32] https://fundacionsanvicenteferrer.blogspot.com/2012/06/carta-de-mons-carmona-un-articulista.html
[33] https://fundacionsanvicenteferrer.blogspot.com/2011/05/carta-de-mons-carmona-un-arzobispo.html
[34] https://fundacionsanvicenteferrer.blogspot.com/2012/05/carta-de-mons-carmona-al-canonigo.html
[35] Article : La montagne de Gelboé, publié dans le n°12 de la revue Sacerdotium en 1994.
[36] https://www.eglisepalmarienne.org/recent-popes-francais/
[37] Einsicht. Credo ut intelligam. Romisch-katholische zeitschrift. 28 Jahrgang Sondernummer.
[38] https://fundacionsanvicenteferrer.blogspot.com/2011/05/carta-de-mons-carmona-al-arzobispo-de.html?m=0
[39] https://fundacionsanvicenteferrer.blogspot.com/2010/09/carta-de-mons-adolfo-zamora-hernandez.html
[40] https://www.sodalitium.eu/consacrer-des-eveques%E2%80%82/
[41] Adrien Abauzit : « Dans ce contexte, prier pour la conversion des membres de la hiérarchie conciliaire est une chose. En revanche, miser dessus pour mettre un terme à la Passion de l’Église paraît à tout le moins hasardeux. » (Cf. L’imposteur du Saint-Siège. Anthologie des hérésies de François l’Apostat. XB éditeur, p. 21).
[42] Encyclique Miserentissimus Redemptor (8 mai 1928) : « Ajoutons encore que la Passion du Christ se renouvelle, et d’une certaine manière, elle se poursuit et s’achève, dans son corps mystique qui est l’Église. Car, pour nous servir encore des paroles de saint Augustin : « Le Christ a souffert tout ce qu’il devait souffrir ; la mesure de ses souffrances est désormais à son comble. La dette de souffrances était donc payée dans la Tête, mais elle demeurait entière dans son corps. » Le Seigneur Jésus lui-même a bien voulu nous l’apprendre, quand il disait à Saul, respirant encore la menace et la mort contre les disciples : « Je suis Jésus que tu persécutes. » [Actes 9 ; 5]. Il laissait ainsi nettement entendre que les persécutions déchaînées contre l’Église visaient et atteignaient le divin Chef de l’Église lui-même. C’est donc à bon droit que, souffrant toujours en son corps mystique, le Christ veut nous avoir pour compagnons de son expiation. Notre situation envers lui l’exige également, car, puisque nous sommes le corps du Christ et ses membres chacun pour notre part, tout ce que souffre la tête, les membres le doivent souffrir aussi. »
[43] Allocution consistoriale Relicturus (16 décembre 1907) : « Certes, il faudrait gémir si de tels hommes, quittant le sein de l’Église, passaient dans les rangs de nos ennemis déclarés ; mais, ce qui est bien plus déplorable, c’est qu’ils en sont venus à un tel degré d’aveuglement qu’ils se croient encore et se proclament fils de l’Église, bien qu’ils aient renié, en fait sinon peut-être en parole, le serment de fidélité qu’ils ont prêté au baptême ; c’est ainsi que, mus par une fallacieuse tranquillité de conscience, ils continuent leurs pratiques chrétiennes, se nourrissent du corps très saint de Jésus-Christ et même – ô horreur ! – montent à l’autel de Dieu pour y offrir le sacrifice ; et cependant, leurs déclarations, leur conduite, les opinions qu’ils professent avec une obstination irréductible démontrent qu’ils ont perdu la foi et que, tout en se croyant sur le navire, ils ont fait lamentablement naufrage. »
[44] Encyclique Pascendi Dominici Gregis (8 septembre 1907) : « Ces hommes-là peuvent s’étonner que Nous les rangions parmi les ennemis de l’Église. Nul ne s’en étonnera avec quelque fondement qui, mettant leurs intentions à part, dont le jugement est réservé à Dieu, voudra bien examiner leurs doctrines, et, conséquemment à celles-ci, leur manière de parler et d’agir. Ennemis de l’Église, certes ils le sont, et à dire qu’elle n’en a pas de pires on ne s’écarte pas du vrai. Ce n’est pas du dehors, en effet, on l’a déjà noté, c’est du dedans qu’ils trament sa ruine ; le danger est aujourd’hui presque aux entrailles mêmes et aux veines de l’Église ; leurs coups sont d’autant plus sûrs qu’ils savent mieux où la frapper. »