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Syncrétisme, oecuménisme, indifférentisme… Réfutation des sophismes d’Archidiacre pour tenter de justifier les hérésies conciliaires

Par Adrien Abauzit
Pachamama

Cet article est une réfutation des arguments avancés par le Youtuber conciliaire « Archidiacre » dans une récente publication.

La publication en question se trouve sur la chaîne Youtube d’Archidiacre:

https://www.youtube.com/channel/UCrcV_srJ3QCRRKA494I-o9g/community/community

Pour ceux qui souhaiteraient prendre connaissance des étapes précédentes de cette discussion nous invitons les lecteurs à se reporter aux articles suivants:

09/04/20 https://archidiacre.wordpress.com/2020/04/09/querida-amazonia-les-faits/
08/02/20 https://csrb.fr/blogs/infos/adrien-abauzit-repond-a-archidiacre


Suite à mon rappel de ses bidouillages et sophismes passés, Archidiacre s’est fendu d’un nouveau texte contre ma personne, consternant, que je crois utile de réfuter, car il révèle une nouvelle fois que l’argumentation conciliaire ne repose pas sur l’enseignement de l’Église, mais sur des sophismes, plus ou moins subtiles, de nature à tromper les esprits les moins attentifs ou les moins formés.

I. Bidouillages et sophismes affligeants concernant Evangeli Praecones

  • « Adrien Abauzit… attaque encore nos arguments sur Querida Amazonia en réutilisant les mêmes réponses réchauffées plus de 2 ans plus tard, dans sa conférence “ la bataille intermédiaire ” du 18 septembre 2022 (à partir de 32 : 00), et nous accuse de “ bidouiller ” les textes ! Il n’y aucun bidouillage contrairement à ce que Mr. Abauzit nous dit. Bien sûr qu’il est possible de valoriser ce qui est bon/vrai dans les autres croyances religieuses, la tradition n’a jamais dit le contraire. »

Premier bidouillage, Archidiacre déforme les termes du débat :

Qu’il le fasse consciemment ou pas, Archidacre ne répond pas à la question que je soulève, mais à celle qui l’arrange. Je ne soutiens pas, pour reprendre sa formule, qu’il est impossible« de valoriser ce qui est bon/vrai dans les autres croyances religieuses ».

J’affirme qu’il est impossible que l’Église valorise une fausse religion. Voici les termes du débat.

Saint Thomas nous enseigne que dans tout mal, est conservée une part de bien, ce qui rend le mal absolu métaphysiquement impossible. Dans les fausses religions, qui sont des maux, puisqu’elles damnent, sont conservées des parts de biens issues de la Révélation primitive, voire du catholicisme concernant les hérésies, comme Mgr Gaume nous le rappelle dans son Catéchisme de persévérance. Ces biens sont propres à la vraie religion et non aux fausses religions.

Dès lors, mon attaque ne vise pas le bien que le mal a conversé, mais le mal (fausse religion) dans toute sa globalité (qui a conservé une part de bien).

À cette question, Archidiacre ne répond pas, il botte en touche en déformant les termes du débat, le déclant sur le bien conservé par le mal et non sur le mal dans sa globalité.

Pour une parfaite compréhension, précisons que dans la pseudo-encyclique Querida Amazonia, lorsque Bergoglio emploie l’adjectif d’« autochtone », il vise des groupes qui ne sont pas encore réputés catholiques, évangélisés. La preuve en est qu’au point 79, il reconnaît qu’un « symbole autochtone » peut être qualifié d’idolâtrie, ce qui n’est pas possible pour un symbole catholique : « Il est possible de recueillir d’une certaine manière un symbole autochtone sans le qualifier nécessairement d’idolâtrie. Un mythe chargé de sens spirituel peut être utilisé et pas toujours être considéré comme une erreur païenne ». 

Plus loin, il évoque la nécessité d’un « processus de purification ou de maturation » et des « manifestations religieuses parfois imparfaites, partielles ou équivoques ».

Il n’est donc nullement question du catholicisme ou de ce qui est réputé tel, lorsque sont visées les croyances « autochtones ».

Or, au point 73 de QA, Bergoglio enseigne qu’il faut valoriser une mystique païenne, la « mystique autochtone de l’interconnexion et de l’interdépendance de toute la création » :

« Mais l’inculturation élève et apporte plénitude. Certainement, il faut valoriser cette mystique autochtone de l’interconnexion et de l’interdépendance de toute la création, une mystique de gratuité qui aime la vie comme un don, une mystique d’admiration sacrée devant la nature qui déborde de tant de vie. »

Ceci n’est pas catholique. L’Église ne peut pas enseigner qu’il faille valoriser une fausse religion, car les fausses religions sont nocives aux âmes. Qu’elles aient gardé une part de bien n’y change rien.

  • « et le Pape François n’a jamais dit que telle croyance était “ hors du dépôt de la foi ” (c’est SON bidouillage), l’exhortation indique même le contraire. J’ai (Jérôme) déjà entièrement répondu à cet argumentaire. Tout le monde pourra le constater en regardant la vidéo faite à l’époque. »

Deuxième bidouillage, sophisme pathétique :

Bergoglio ne précise pas que la croyance païenne visée est « hors du dépôt de la foi », mais cela ne change rien au fait que la croyance visée – « mystique autochtone de l’interconnexion et de l’interdépendance de toute la création » – soit extérieure au dépôt de la foi.

À qui Archidiacre veut-il sérieusement faire croire que la mystique autochtone amazonienne fasse partie de la Révélation ?

Le lecteur appréciera qui « bidouille » en l’espèce.

  • « C’est bien l’enseignement publique de Pie XII que cela plaise ou non, il n’a jamais dit que la “ pensée païenne ” ou la “ philosophie ” excluait ce qui était de l’ordre religieux, cette distinction est aussi SON bidouillage (notons aussi que nous avons utilisé le terme original, en latin, pour plus de précision, qui était bien doctrine). C’est même assez improbable que cela exclut les notions religieuses car les philosophes païens dissertaient aussi sur les sujets de l’âme, de Dieu etc. »

Troisième bidouillage, Archidiacre change le sens des mots :

Dans son encyclique Evangeli Praecones, Pie XII professe que : « l’Église n’a jamais traité avec mépris et dédain les doctrines des païens ; elle les a plutôt libérées de toute erreur et impureté, puis achevées et couronnées par la sagesse chrétienne. De même, leurs arts et leur culture, qui s’étaient élevés parfois à une très grande hauteur, elle les a accueillis avec bienveillance, cultivés avec soin et portés à un point de beauté qu’ils n’avaient peut-être jamais atteint encore. »

Sur la base de ce passage, Archidiacre prête à Pie XII l’enseignement invraisemblable selon lequel l’Église aurait conservé des croyances païennes après les avoir épurées : « ne méprisant pas les croyances païennes, soulignant bien qu’il s’agit ici de croyances religieuses, non pas juste de culture, car Pie XII fait la distinction. Le pape parlait bien de religion, contrairement à ce qu’Adrien a essayé de dire sur sa radio ».

Ainsi, selon Archidiacre, l’Église récupèrerait des croyances extérieures au dépôt de la foi, puis les purifierait afin de les conserver… Ceci n’est pas sérieux. Le débat aurait dû s’arrêter là.

Dans mes interventions passées, je faisais observer à mon contradicteur que « doctrines des païens » ne signifiait pas « religions des païens », contrairement à ce qu’il soutenait d’un ton docte. À l’appui, j’opposais les versions italienne et anglaise d’Evangeli Praecones, qui traduisent « doctrines des païens » par « il pensiero pagano » (pensée de païens) et « pagan philosophies » (philosophies païennes).

Le débat aurait dû s’arrêter là, à nouveau.

Mais Archidiacre oppose que « philosophie » et « pensée » n’excluent pas la religion, au motif que des philosophes ont traité de questions religieuses.

Les bras nous en tombent.

D’abord, si un philosophe décide se prêter à l’exercice de la théologie, cette partie de son travail intègrera la case « théologie » et non la case « philosophie ». Ce qui fait la nature d’une œuvre est son fond, et non l’étiquette de son auteur.

Ensuite, si des écrivains, des peintres, des sculpteurs, des cinéastes, des biologistes et l’on en passe, ont aussi parlé de religion, aux dernières nouvelles, pas plus que « philosophie », « littérature », « peinture », « sculpture », « cinéma » ou « biologie » ne sont des synonymes du mot « religion ». Et aux dernières nouvelles également, ces mots n’ont jamais été des signifiants du mot « religion ».

Dès lors, si Pie XII avait voulu viser les religions des païens, il aurait utilisé le mot « religion » ou l’un de ses synonymes, et certainement pas un mot qui dans sa définition véritable, ne renvoie pas à la religion.

Lorsqu’Archidiacre en désespoir de cause se risque à écrire que Pie XII « n’a jamais dit que la “ pensée païenne ” ou la “ philosophie ” excluait ce qui était de l’ordre religieux», je lui oppose que le simple choix de ses mots exclue ce qui est d’ordre religieux.

Perdu dans ses acrobaties modernistes, Archidiacre ignore ou oublie que le langage de l’Église n’est pas équivoque. Lire le Magistère infaillible de l’Église, ce n’est pas lire dans une tasse de café.

En résumé, Archidiacre prétend que Pie XII a utilisé un mot pour viser autre chose que ce mot signifie.

Ce sophisme moderniste confine au ridicule.

  • « D’autres interventions de Pie XII confirment notre compréhension de sa pensée contrairement à la distinction qu’Abauzit insère dans son texte :

“ Tout ce que les autres confessions, fussent-elles non chrétiennes, présentent de vrai et de bon, trouve sa place, son sens profond et son aboutissement dans l’Église catholique. ” (Radio message pour le 77e Katholikent de Cologne, 2 septembre 1956)

“ Démontrez que tout ce qui peut être juste et bon dans d’autres religions trouve sa signification plus profonde et son achèvement parfait dans le Christ ” (Radio message aux fidèles de Malabar réunis pour fêter Saint Thomas, apôtre et saint François-Xavier, 31 décembre 1952)

(on sait qu’Abauzit les exclut arbitrairement sous le prétexte qu’il ne les tient pas pour infaillibles, comme si ça suffisait à les faire  “ disparaître ” de l’enseignement de Pie XII. Un catholique honnête les prend en compte, à moins d’accuser Pie XII d’hérésie ici) »

Quatrième bidouillage, Archidiacre m’invente une gêne inexistante.

Où Archidiacre va-t-il chercher que j’exclus ces textes, qui, effectivement, ne font pas partie du Magistère, en leur qualité de simple message radio ?

Je n’ai aucun problème avec ces citations : tout mal comporte une part de bien, ainsi que rappelé supra. Pie XII dit que les fausses religions ont pu garder une part de bien, mais à aucun moment il ne dit que les fausses religions sont des biens. À aucun moment il ne dit que les mystiques païennes, d’Inde par exemple, doivent être « valorisées ».

II. Catholiques et musulmans adorent-ils le même Dieu ?

Archidiacre tente de justifier l’aberrante hérésie de Lumen Gentium, reprise maintes fois par la suite dans le « Magistère conciliaire », selon laquelle Catholiques et Musulmans adorent le même « Dieu unique » (LG,16).

Tout catholique ayant un minimum de sensus fidei rejette cet « enseignement ». Allah n’étant pas le Dieu Trinitaire, il n’est pas Dieu tout court, et ne peut être adoré par les catholiques.

Le catéchisme du Concile de Trente l’enseigne d’ailleurs infailliblement lorsqu’il explicite le passage du Notre Père, « Que votre règne arrive » (Quatrième partie, Chapitre 41, section 4) :

« Voyons maintenant à quoi tend particulièrement cette demande.

Premièrement nous demandons à Dieu que le Royaume de Jésus-Christ, qui est l’Église, s’étende au loin ; que les infidèles et les Juifs se convertissent à la Foi chrétienne et à la connaissance du vrai Dieu ; que les schismatiques et les hérétiques rentrent en eux-mêmes et reviennent à la Communion de l’Église dont ils se sont séparés, afin que soit accomplie et réalisée cette parole du Seigneur dans le Prophète Isaïe. »

On le voit, le catéchisme enseigne qu’il faut prier pour que les Infidèles « se convertissent […] à la connaissance du vrai Dieu». Et non à la vraie connaissance d’un Dieu qu’ils adoreraient déjà, mais mal.

Si les Infidèles, parmi lesquelles l’Église classe les musulmans, doivent se convertir à la connaissance du « vrai Dieu », c’est, par définition, parce que le « dieu » qu’ils « connaissent » à travers leur religion en est un faux.

Si les Infidèles avaient adoré le vrai Dieu, mais d’une mauvaise façon, les pères du Concile de Trente auraient écrit des formules signifiant en substance « mieux connaître », « bien connaître » ou « connaître en vérité ». Mais non, ils demandent à ce que l’on convertisse les Infidèles à la connaissance du vrai Dieu tout court.

Notre cher Archidiacre, hélas, n’est pas convaincu de cela, et il justifie le fait que les musulmans adorent le vrai Dieu, c’est-à-dire le Dieu trinitaire (bien que les Musulmans rejettent l’Incarnation…) :

« Quant à la croyance des musulmans en le vrai Dieu, elle est corroborée rappelons-le par : le catéchisme de Saint Pie X, l’encyclopédie catholique de 1910 à l’article Infidels, le célèbre théologien Francisco Suarez, le cardinal de Cues, St Robert Bellarmin dont le collectif d’Abauzit se revendique, et Dom Guéranger (et les évêques du monde entier, y compris Mgr Lefebvre qui n’ont rien vu à y redire à l’époque de Vatican II) »

Reprenons un à un les arguments de mon contradicteur. Celui-ci nous oppose le « catéchisme de saint Pie X » (de 1905, ce qu’il ne précise pas, et qui porte à tort le nom de Saint Pie X), l’encyclopédie catholique de 1910, Francisco Suarez, le cardinal de Cues (très mauvaise pioche), Saint Robert Bellarmin et dom Guéranger.

Remarque préalable : mon contradicteur ne cite absolument aucun texte du Magistère de l’Église – et pour cause – , ce qui aurait dû l’interroger. Même si toutes ses sources avaient affirmé que les Musulmans adorent le Dieu Trinitaire, cela n’en serait pas pour autant l’enseignement de l’Église, qui, lui, infirme Lumen Gentium.

À l’exception du « catéchisme de Saint Pie X » de 1905, Archidiacre se fonde donc exclusivement sur des théologiens. Ces derniers affirment-ils que les musulmans croient dans le Dieu Trinitiaire ?

Examinons les textes cités.

« Catéchisme de saint Pie X » de 1905 (Catéchisme de Rome de son vrai nom) : un texte non magistériel qui n’a pas été écrit par Saint Pie X

Archidiacre m’oppose la réponse à la question « Qu’-est-ce que les Infidèles ? » du « catéchisme de saint Pie X » de 1905, « Les infidèles sont ceux qui ne sont pas baptisés et qui ne croient pas en Jésus-Christ ; soit qu’ils croient à de fausses divinités et les adorent, comme les idolâtres ; soit que tout en admettant le seul vrai Dieu ils ne croient pas au Christ Messie, venu en la personne de Jésus-Christ ou encore à venir : tels sont les mahométans et autres semblables ».

Le « catéchisme de Saint Pie X » de 1905 n’est pas à proprement parler un catéchisme de saint Pie X, et il n’est pas LE catéchisme de Saint Pie X, soit le Catéchisme de doctrine chrétienne de son vrai nom, qui date de 1912 [1] http://www.catechisme.org/1905-1912_Pie_X/2021_Quelques_notes_sur_les_Catechismes_dit_de_Pie_X_ORG.pdf

En réalité, le catéchisme de 1905 est la reprise d’un catéchisme des évêques de plusieurs régions italiennes, qui est lui-même issu d’un catéchisme de Mgr Casati de 1765. Une commission créée en 1904 y a apporté de « légères retouches », comme saint Pie X s’en explique dans une lettre du 14 juin 1905, au cardinal Respighi :

« Aussi, après avoir fait examiner les nombreux textes déjà en usage dans les Diocèses d’Italie,il Nous a paru opportun d’adopter avec de légères retouches le texte approuvé depuis plusieurs années par les Évêques du Piémont, de la Ligurie, de la Lombardie, de l’Émilie et de la Toscane… »

Il apparaît que le catéchisme de 1905 n’a pas été écrit par Saint Pie X. En outre, il n’est pas rendu obligatoire à l’Église universelle, mais simplement au diocèse de Rome. D’où son nom original : Catéchisme de Rome. Tout cela fait qu’il n’est pas un texte du Magistère de l’Église.

Par sa publication limitée au diocèse de Rome, saint Pie X avait agi comme évêque et non comme pape. Dès lors, des imprécisions, issues des textes originaux, ont pu se glisser dans le texte ou plutôt y rester, comme il est possible pour tout texte non infaillible, d’autant que Saint Pie X n’en est pas l’auteur.

En résumé, le « catéchisme de saint pie X de 1905 » est en réalité le Catéchisme de Rome, dont Mgr Michele Casati est le principal auteur.

Non satisfait de ce document, Saint Pie X fit refaire un catéchisme, qu’il examina lui-même, le fameux Catéchisme de doctrine chrétienne de 1912, qui est le véritable « catéchisme de Saint Pie X ».

Tout ceci bien entendu, n’est précisé ni dans les textes, ni dans les vidéos d’Archidiacre.

Et l’on comprend bien pourquoi. Lorsque l’on arrive à la question 125 du Catéchisme de doctrine chrétienne, « Qu’est-ce que les infidèles ? », on observe qu’il n’est nullement enseigné que les musulmans adorent le vrai Dieu :

« Les infidèles sont les non-baptisés qui ne croient en aucune manière au Sauveur promis, c’est-à-dire au Messie ou Christ ; tels sont les idolâtres et les mahométans ».

Contrairement à ce que dit Archidiacre, le catéchisme de Saint Pie X ne prétend nullement que catholiques et musulmans adorent le même Dieu.

Encyclopédie catholique de 1910 :

« Le terme s’applique non seulement à ceux qui ignorent le vrai Dieu, comme les païens sous formes variées, mais aussi ceux qui l’adorent mais ne reconnaissent pas Jésus Christ, comme les juifs, mahométans ».

Cette affirmation est simplement erronée, puisqu’elle contredit le catéchisme du concile de Trente, cité supra, lequel enseigne sans la moindre ambiguïté que les Infidèles n’ont pas la « connaissance du vrai Dieu ».

Francisco Suarez :

« Et cette raison est probante en général pour le cas des Sarrasins, et des autres infidèles connaissant et vénérant le seul et unique vrai Dieu, quant aux rites non contraires à la raison naturelle. »

Suarez ne dit pas que les musulmans adorent le Dieu unique adoré par les catholiques. Il dit que des Sarrasins et des infidèles connaissent et adorent le Dieu unique, ce qui est conforme au concile Vatican I, lequel précise que Dieu peut être connu par le seul usage de la raison. Suarez ne dit pas que le vrai Dieu est connu par le canal des fausses religions des infidèles.

Cardinal Nicolas de Cues :

Très mauvaise pioche pour notre cher Archidiacre. Le cardinal de Cues n’a aucune autorité théologique particulière en matière de foi, bien au contraire.

Formé aux Pays-Bas dans une école tenue par les Frères de la vie commune, mouvement d’inspiration lollard (condamné par l’Église), il est l’un des pères de l’œcuménisme moderne.

Laissons la parole à Alain Pascal, pour nous présenter le personnage :

« Dans son célèbre Pace Fidei, de Cues plaide en faveur de l’unité fondamentale de toutes les religions. Pour lui, les polythéistes “ adorent la divinité dans tous les Dieux ” (Eliade, tome 3, p.222) et Mahomet est un “ témoin de Dieu ”. Faisant référence – à tort ou à raison – à Lulle, de Cues prétend même déceler la vérité de l’Évangile dans le Coran, et, plus lulliste que Lulle (qui avait été procureur des Infidèles), il attribue à l’islam la même valeur qu’au catholicisme !

            Cette doctrine invraisemblable met en péril le dogme chrétien et l’existence même de l’Église. De Cues est un danger pour l’Église car ses errements théologiques sont une panacée pour les sociétés secrètes kabbalistiques. Prôner l’unité des religions sur une telle base, c’est dénaturer le christianisme et le mettre en concurrence avec les erreurs. Un franc-maçon célèbre, Lessing, ne s’y trompera pas en justifiant le laïcisme anti-chrétien à partir de Nicolas de Cues ! » (Islam et Kaballe, p.392)

Examinons maintenant un passage de l’ouvrage Pace Fidei, cité par Archidiacre, dans lequel est évoqué le Dieu unique : « Après que ces choses eurent été discutées avec les sages des nations, plusieurs livres furent produits de ceux qui ont écrit sur les observances des anciens ; dans toutes les langues il y avait d’excellents auteurs, comme, par exemple, Marcus Varron chez les Latins, Eusèbe, qui a rassemblé la diversité des religions chez les Grecs, et bien d’autres. Dans leur examen, il est devenu évident que toute diversité se situe plus dans les rites que dans le culte du Dieu unique, que tous ont toujours depuis le commencement présupposé et chéri dans tout culte, comme on pouvait le trouver dans une collection de tous les écrits. ; même si dans leur simplicité les gens, séduits par le pouvoir du Prince des Ténèbres, n’étaient souvent pas conscients de ce qu’ils faisaient.

La concorde des religions fut donc conclue de la manière décrite dans le ciel de la raison. Et il a été commandé par le Roi des rois, que les sages reviennent et conduisent les nations à l’unité du vrai culte et que les administrateurs spirituels les guident et les assistent. Et enfin, dotés de la pleine autorité pour tous, ils doivent se rassembler à Jérusalem comme centre commun et au nom de tous accepter l’unique foi et établir sur elle la paix perpétuelle, afin que le Créateur de tout, qui est loué dans la paix, soyez bénis à jamais. »

Le cardinal Nicolas de Cues affirme que les différents cultes « présupposent » le Dieu Unique, ce qui démontre « la concorde des religions ». Ces phrases sont absolument inacceptables. L’Église n’a jamais enseigné que les fausses religions présupposent la vraie, ni qu’il y avait une « concorde des religions ».

Loin de parler de concorde, le pape Léon XII rappelle la discorde entre les religions, en soulignant que les fausses religions damnent et sont désapprouvées par Dieu :  « Il est impossible au Dieu véritable — la Vérité même, le meilleur, le plus sage Dispensateur, et le Rémunérateur des hommes bons — d’approuver toutes les sectes qui professent de faux enseignements souvent incompatibles et contradictoires entre eux, et de conférer à leurs membres des récompenses éternelles… par foi divine nous tenons un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême… C’est pourquoi nous professons qu’il n’y a pas de salut en dehors de l’Église. » (Ubi Primum, lettre encyclique, 5 mai 1824)

Rappelons également que le concile de Bâle-Florence qualifie l’islam de « secte impie de Mahomet » (De Compactatis Pro Unione Graecorum). Difficile d’en déduire que cela présuppose le culte du Dieu trinitaire.

Saint Robert Bellarmin :

« Si quelqu’un veut à tout prix que ces dernières paroles s’entendent de ce siècle, on pourra répondre que le prophète ne parle pas ici des mystères absconds de l’Écriture, mais de la connaissance d’un seul Dieu. À l’époque de l’ancien testament, ce n’était pas seulement les Gentils qui adoraient les faux dieux, le peuple de Dieu lui-même se tournait fréquemment vers les idoles et les faux dieux. Jérémie a prédit qu’il arriverait un temps, celui du nouveau testament, où tous les hommes connaîtraient le Dieu unique, ce que nous voyons maintenant accompli. Car, les Gentils se sont convertis à la foi ; et même s’ils sont impies, les Juifs et les Turcs adorent un seul Dieu».

Archidiacre fait dire à Saint Robert Bellarmin ce qu’il ne dit pas. Saint Robert ne dit pas que les juifs et les Turcs adorent le même Dieu unique que les catholiques. Il écrit qu’ils adorent « un » Dieu unique. Rien n’indique qu’il s’agisse du Dieu trinitaire.

Dom Guéranger :

« L’islamisme accomplissant une autre mission de justice ; mais cette fois, c’est contre le polythéisme et l’idolâtrie. En dépit de lui-même, Satan devra descendre de plus d’un autel, car le Coran proclame l’unité de Dieu, la spiritualité de Dieu, l’horreur pour le culte des idoles. La Perse est réduite par le cimeterre à abjurer son sabéisme, auquel elle a immolé tant de martyrs chrétiens. Ce point de vue, que je ne fais qu’indiquer, s’harmonise avec l’ensemble ; car la connaissance du vrai Dieu est un pas vers le christianisme, et la route frayée à travers les débris de l’idolâtrie doit conduire tout homme de bonne volonté. C’est ainsi que la miséricorde et la justice s’unissent dans la permission donnée au mahométisme de prévaloir pour un temps. »

Archidiacre cite dom Guéranger, mais pas sa source, renvoyant simplement à l’ouvrage récent Les saints catholiques face à l’islam.

J’ai quelques doutes sur l’authenticité de cette citation, mais si elle devait s’avérer authentique, notons que dom Guéranger ne fait qu’indiquer « un point de vue ». S’il avait su jusqu’où pouvait aller l’œcuménisme conciliaire, gageons que dom Guéranger n’aurait pas utilisé une formule qui, il est vrai, prête à ambiguïté, si elle n’est pas tout simplement erronée.

III. Sur l’affligeante réécriture de la lettre de Grégoire VII par Archidiacre et ses sources

Nous allons voir que pour plaider sa cause, Archidiacre en est réduit à gommer un mot d’une phrase et à le remplacer par des mots imaginaires, ce qui conduit à une véritable réécriture d’une lettre du pape Grégoire VII.

Mon contradicteur fait dire à Grégoire VII dans une lettre au roi de Mauritanie, qu’il adore avec lui « le même Dieu unique » :

« nous, qui, sous des formes différentes, adorons le même Dieu unique »

Voici la phrase en latin : « Nos et vos […] qui unum Deum, licet diverso modo, credimur et confitemur, qui eum creatorem huius mundi quotidie laudamus et veneramur. »

Un clerc formé à Ecône, interrogé par moi-même à ce sujet, a traduit la phrase ainsi : « Nous et vous, qui croyons (en) et confessons un Dieu, de diverses/différentes manières, que nous louons et vénérons tous les jours comme le créateur du monde ».

Lors de ma dernière conférence de Rennes, j’évoquais que la traduction invoquée par Archidiacre est parfaitement erronée, et que Grégoire VII a simplement dit que chacun adore un (unum)Dieu unique, mais pas le même.

D’autres ont fait remarquer avant moi que dans sa lettre, Grégoire VII utilise la formule « Unum Deum », qui signifie « un Dieu », et non « le même Dieu unique (qui s’écrirait « eumdem Deus », dixit l’abbé Gaudron de la FSSPX) ou « le Dieu unique » tout court, qui renverrait à une seule entité.

L’usage du mot « un » devant le mot « Deum/Dieu », faisant ainsi « un Dieu », établit bien que Grégoire VII fait référence à deux entités différentes. Autrement il aurait écrit qu’ils croient chacun « au Dieu (unique) ».

En résumé, Archidiacre prétend que la formule signifie « le même Dieu unique », alors qu’aucun mot du texte latin ne renvoie au mot « unique », ni à la formule, « le même » ! Archidiacre gomme le unum qu’il remplace par « le même ». La formule retenue par Archidiacre est un pur bidouillage, une pure tromperie.

Voyons les commentaires d’Archidiacre au sujet du bidouillage dont il se fait le relai :

  • « Pour la lettre de St Grégoire VII, nous avons déjà répondu à ses affirmations réchauffées. Unum Deum credimus, qui se traduit aussi “ croyons au Dieu unique ” se réfère au même Dieu. »

Aussi ? Il y aurait donc finalement plusieurs traductions possibles ? Je croyais, à le lire et l’entendre, qu’une seule s’imposait d’évidence. Unum Deum credimus se traduit simplement par « Nous croyons en un seul Dieu ». Il n’est nullement fait mention de l’adjectif unique ni du mot « même » que retient la traduction erronée d’Archidiacre et qui est une pure invention.

« Nous croyons en un seul Dieu unique » se traduit par « Credimus in unum Deum unicum ». Tout comme le mot eumdem, le mot unicum est absent de la lettre de Grégoire VII… mais Archidiacre et ses sources le rajoutent dans leur « traduction », qui est en fait une pure réécriture.

Archidiacre et ses sources inventent un mot absent de la lettre.

  • « La raison pour laquelle les historiens ont simplifié la traduction par “ le même Dieu ” s’explique par le fait que c’est ce que le contexte indique… »

Archidiacre nous dit donc au premier degré que ce n’est pas l’Église, mais des historiens (catholiques ?) qui ont rajouté (« simplifié », sic) la formule « le même Dieu ». Et nous sommes censés croire une affirmation aussi importante – adoration du même Dieu par les catholiques et les musulmans – sur la foi d’une « traduction simplifiée » faite par quelques historiens qui ne sont probablement pas catholiques ?

  • « …le sens global de la lettre a été très bien compris par les spécialistes (confirmé par des historiens des universités d’Oxford et de Georgetown) : “ unum Deum ” désigne ici le même Dieu. Ce n’est donc pas un bidouillage mais une lecture tout à fait naturelle (et bienveillante) de sa lettre. »

Cette traduction n’est pas naturelle, car la formule « le même » (eumdem) est absente du texte original. De même, l’adjectif « unique » (unum) est absent. Une lecture « naturelle » ne conduit pas à l’invention de termes inexistants !

  • « Chacun peut la lire en entier et faire son propre avis, et voir si vraiment Grégoire VII prétend qu’ils croient ensemble en un “ un seul dieu (différent les uns des autres) ”, une précision absente du texte. »

Ce qui est absent du texte, ce sont surtout les formules inventées de toute pièce par les historiens (le même/eumdem – Unique/unicum) et retenues par Archidiacre pour le besoin de sa cause.

Résumons la réécriture malhabile faite par Archidiacre et ses « historiens » :

  • La lettre de Grégoire VII comprend le mot « Unum », qui signifie « un ». Le mot « un » (unum) est effacé de la traduction retenue par Archidiacre.
  • Archidiacre prétend que la lettre de Grégoire VII contient la formule « le même », qui se traduit en latin par « eumdem ». Or, ce mot est absent de la lettre de Grégoire VII.
  • Archidiacre prétend que la lettre de Grégoire VII contient le mot « unique », soit « unicum » en latin. Or, ce mot est absent de la lettre de Grégoire VII.

Voilà comment Archidiacre, à la suite d’autres modernistes, fait dire à Grégoire VII ce qu’il ne dit pas.

Oui, les catholiques qui défendent la foi, sont bel et bien confrontés à de tristes bidouilleurs.

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1 Commentaire

Benoît YZERN 30 décembre 2022 - 15h12

Le recours à des expressions telles que celle d’après laquelle le Concile Vatican II est hérétique, ou celle selon laquelle il existe des hérésies conciliaires, est synonyme de recours à des expressions qui portent en elles une charge polémique qui contribue davantage au blocage qu’à la discussion. C’est pourquoi d’autres expressions sont préférables. Quelques-unes sont proposées ci-dessous, sous un angle « technique », à toutes fins utiles.

Bien plus éclairantes sur la lettre du Concile, elles sont aussi bien plus accablantes sur son esprit, ce qui devrait pouvoir inciter les catholiques traditionnels anti-conciliaires à les utiliser davantage, d’autant plus que tous les catholiques qui savent ce qu’est le Concile et qui savent ce qu’est une hérésie, au sens propre du terme, savent bien que Vatican II est bien moins porteur d’hérésies, qui seraient formellement présentes dans ses documents, qu’il n’est propice à de l’hétérodoxie, à cause de ses expressions et du fait de ses omissions.

Le Concile Vatican II, dans au moins quatre de ses textes (DH, GS, NA, UR), fonctionne fréquemment à l’aberration, à l’adunation, à l’aporie, à l’imprécision, à l’indistinction, à l’irénisme, voire à l’utopie.

Il s’agit là des éléments constitutifs d’une « mise en examen » a minima, au terme d’une analyse technique.

Il fut un temps, quand, à partir d’une photographie en couleurs, on essayait d’obtenir un agrandissement, en recourant à un photocopieur en couleurs, on s’exposait au risque d’obtenir une « aberration », sur une partie de la surface, non sur la photographie, mais sur la photocopie, qui était, de ce fait un exemplaire localement divergent par rapport à l’original.

Eh bien, Vatican II, c’est un ensemble d’aberrations, de déviations, d’écarts, par rapport au regard qui aurait dû être normalement posé et par rapport au discours qui aurait dû être normalement tenu, si ce regard et ce discours avaient été normativement situés dans le prolongement de ceux des papes anti-modernistes antérieurs.

Il n’est pas nécessaire d’élever au rang de dogme le Magistère pontifical ante-conciliaire, et il n’est pas davantage nécessaire d’abaisser au rang d’hérésie le Concile Vatican II, car il convient et il suffit de prendre la mesure de certaines déviations, de certains écarts, présents dans les expressions et/ou dans les omissions caractéristiques de documents du Concile, par rapport aux enseignements des papes antérieurs au Concile.

La première partie de DH, GS, la première partie de NA et UR, ici ou là, fonctionnent-ils, oui ou non, à l’aberration, à l’adunation, à l’aporie, à l’imprécision, à l’indistinction, à l’irénisme et/ou à l’utopie, compte tenu du contenu du Magistère pontifical antérieur à l’annonce du Concile par Jean XXIII, sur les sujets ou thèmes de ces documents ? Les catholiques qui s’opposent à l’analyse anti-conciliaire du Concile peuvent-ils répondre à cette question ? En quoi la formulation de cette question a-t-elle un caractère irrespectueux ou polémique ?

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